Au secours ! Je suis perdu !
LES PLUS JEUNES CONSTRUCTEURS AERONAUTIQUES DE FRANCE

Le lycée moderne Jacques Amyot, à Auxerre, dans l'Yonne, vient de créer une section "pilote". Les traditionnelles séances de travaux pratiques sont remplacées par des cours de construction aéronautique. Ces cours correspondent à un enseignement pratique réel, avec pour conclusion cette phrase magique pour de nombreux jeunes : "voler sur la machine qu'on a construit".
C'est M. Brosset, professeur de technologie, pilote et instructeur expérimenté, qui est chargé de mener à bien cette première expérience due à l'initiative de l'éducation nationale et du service de la formation aéronautique.

UN ATELIER "PILOTE"
C'est sur l'aérodrome d'Auxerre, près de l'Aéro-Club, qu'un grand atelier a été construit par les élèves eux-mêmes. Deux fois par semaine, les jeunes viennent y "dépenser" leurs heures de travaux pratiques, complémentaires des leçons d'aérodynamique et de résistance des matériaux. Ils ont étudié les plans du "Fauconnet", le planeur jugé cornme le plus facile à construire par des jeunes. Ils ont dessiné, anemblé, collé, verni, entoilé, ailes et fuselage. Seuls les travaux sur machine-outil (les scies électriques par exemple), ne leur sont pas permis parce que dangereux. Tout le reste est fait de leurs propres mains.
Cette expérience est la première du genre tentée en France, suivie par deux autres centres satellites : le Lycée Technique d'Etat d'Egleton, en Corrèze et le Collège d'Enseignement Général de Blainville-sur-l'Eau, en Meurthe et Moselle.
Volontairement, cet enseignement nouveau a été testé auprès d'élèves de section moderne, traditionnellement plus éloignés que ceux de "technique" des travaux manuels.

PREMIERE ETAPE : LE MODELISME
Dès l'âge de 8 ans, ils commencent à assembler des éléments séparés de modèles réduits. Dans cette spécialité, encadrés par des moniteurs qui sont également des fervents de l'aéro-modélisme, ils participent à des compétitions locales et départementales. Mieux armés que tous les autres clubs de modèles réduits, ils ont réalisé chacun leur "kit" qui contient, en plus du planeur démonté, les éléments essentiels permettant d'effectuer le réparation qui s'impose après un atterrissage mouvementé de leur petite machine. Plus tard, ceux qui souhaitent persévérer dans le modélisme atteindront les domaines jusque-là réservés aux "grands", comme la télécommande radio-guidée.
Mais ceux qui, vers 14 ans, abandonnent le modèle réduit pour les vrais formats, commencent aussitôt à construire le planeur sur lequel, deux ans plus tard, ils pourront terminer leur apprentissage de pilote.
Le cours de construction aéronautique trouvent une audience inespérée auprès des jeunes élèves du lycée Jacques Amyot. Ainsi Jean-Pierre Joubard, 16 ans, élève de 3 ème moderne, avoue volontiers que ses mauvaises notes étant sanctionnées désormais par la suppression des séances de "T.P.",il fournit aujourd'hui des efforts qu'aucune autre punition n'aurait pu provoquer.
Le rôle primordial d'un enseignement pratique matérialisé (par la construction du planeur en l'occurence), nous a d'ailleurs été confirmé par M. Brosset, et cet effort doit ultérieurement s'étendre à la France entière.

L'A.B.C. DE LA CONSTRUCTION
Les élèves ne se sont pas contentés de construire le bâtiment abritant l'atelier, mais ont participé à son équipement et à son organisation intérieure. Ils ont mis en place tout l'outillage de base, et ce sont eux qui ont dû dresser le plan de travail pour la réalisation de leur premier planeur.
Comme pour la construction navale, mais à une échelle bien entendue plus réduite, les ensembles (ailes, plans fixes, ailerons, volets, cellule) doivent être montés sur des " gabarits", échafaudages réduits qui permettront de "sortir" des pièces identiques et conformes au plan.
C'est donc sur ce chantier que la pose des blocs de nervure, le revêtement du caisson, les queues de nervure ont été réalisés.
Plus tard et de la même manière, un "marbre" pour le montage des gouvernes (volets de profondeur, ailerons et volets de direction) a permis de "sortir" des équipements identiques.
Bien entendu, tous ces assemblages ont fait appel aux techniques les plus modernes de la construction aéronautique "bois et toile", notamment par l'emploi de la fameuse résine § 12, polymérisée à la presse chauffante. Cette pratique aujourd'hui courante pour les élèves de cette section de construction aéronautique, produit des éléments de bois formés et soudés à chaud, imputrescibles et d'une rigidité incomparable.

LES DERNIERES OPERATIONS
Après que les éléments de base (une sorte de charpente de bois) aient été protégés par un vernis, c'est l'encollage de la toile (sans laisser de plis), puis l'encolage d'une bande crantée qui recouvre les joints.Toutes ces opérations sont effectuèes par les élèves sous le contrôle de M. Brosset, et sont achevèes selon les derniers critères techniques. Enfin,c'est la peinture au pistolet des ailes et du fuselage, et l'assemblage final qui permettra aux jeunes constructeurs de voir, en un moment très attendu, leur avion. Cet été, ils pourront faire leur premier vol.

Christian LADOUET
(Le journal de Tintin - 13 mai 1965)

Retour