Eglise.
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L'église de Cheny n'a rien d'extraordinaire, mais sa grosse tour carrée du XIIIème
siècle, ses contreforts, à ressauts, sa situation pittoresque sur le bord de
l'Armançon, lui donnent un cachet particulier qui plaît au regard. Pour être
bien proportionnée, la tour devrait être exhaussée de quelques mètres. Le
monument primitif a dû fortement souffrir de l'occupation anglaise. La tour
seule pouvant être plus utilisée comme moyen de défense, a survécu. Le corps de
l’édifice actuel date de la seconde moitié du XVème siècle ; c'est une nef
unique, avec annexes formant croix de chaque côté. Il est très régulier et l'oeil
se complait dans la symétrie des arceaux et l'ensemble des proportions. Les
dimensions sont trente-quatre mètres de longueur, sept mètres cinquante de
largeur, et neuf mètres sous la voûte. Les fenêtres de style flamboyant ont
conservé leurs meneaux et réseaux variés, mais elles ont perdu les vitraux
historiés qui en faisaient la principale ornementation. A peine s'il en reste
quelques vestiges dans les trilobures d'une baie ; quelques petits anges aux
ailes éployées, dont le mérite ne fait qu'augmenter nos regrets pour tout ce qui
a disparu. - De temps immémorial l'église est dédiée à Saint-Pierre-ès-liens.
Elle relevait de l'abbaye bénédictine de Saint-Rémy de Sens, qui devait
entretenir le choeur, sinon toute l'église.

En 1879, M.
Carré, curé, pour rendre à l'église son caractère primitif, enlève le grand
rétable à la romaine qui formait le maître-autel. C'était une de ces oeuvres
communes de l'époque Louis XV: colonnes de pierre, encadrant un tableau,
reliées par des guirlandes peintes et accostées d'anges adorateurs de grandeur
naturelle. Les débris en sont misérablement entassés, au pied de la tour, du
côté nord, dans l'ancien cimetière. L'autel actuel est l'oeuvre de M. Piéplu,
architecte à Auxerre: coût: cinq mille trois cents francs. Quel qu'en soit le
mérite, je pense que, pour ce prix, on pouvait au lieu de guirlandes de
feuillage avoir des personnages en relief de plus grand art. La grande fenêtre
du chevet dégagée a reçu des verrières peintes de la maison Didron ; la baie centrale
représente le Bon Pasteur. Toutes ces oeuvres sont dues à la libéralité de la
famille Durand-Desbordeaux. L'autel a été solennellement consacré par
Monseigneur Bernadou, archevêque de Sens, le 29 Août 1881. - En 1890, M.
Horson, curé, fait ouvrir les deux fenêtres latérales de l'abside, obstruées
depuis des siècles, les meneaux détruits sont rétablis. On y place de belles
verrières, dans la fenêtre du sud, saint Edme, et saint Charles Borromée, don
de Madame Moutard-Martin, née Durand ; dans la fenêtre nord, saint Augustin et
saint Victor, don de Madame Albanel, 1890. En novembre 1889, la chapelle de la
Sainte Vierge a été également enrichie d'une verrière qui représente N.-D. des
Victoires. Elle sort des ateliers de M. Amand-Durand, natif de Cheny,
propriétaire du château. Cette oeuvre, obtenue par des procédés scientifiques
nouveaux, se recommande par ses teintes chaudes et son coloris spécial. La
chapelle de la Sainte- Vierge était autrefois désignée sous le nom de N.-D. du
Rosaire. Au XVème siècle, plusieurs notables y sont inhumés. Dans la chapelle
nord, dédiée à saint Roch, rien d'intéressant, sinon l'inscription suivante,
entourée de moulures formant un vaste cadre ovale. En tête, un coeur ardent,
percé de flèches ; à droite et à gauche, un écu armorié :
D. O. M.
CY GIST LE CORPS DE
NOBLE DAME LOVYSE DE
LAMBERT, EN SON VIVANT
FEMME ESPOVZE DE MESSIRE
PIERRE DE HANNICQVES, SEIGNEVR
DE BENJAMIN, CHENY, BONNARD
ET AVTRES PLACES, ESCVYER
COMMANDANT EN LA GRANDE
ESCVRIE DV ROY, ET PREMIER ESCVYER
EN CELLE DE MONSEIGNEVR LE DVC
D'ORLEANS, ET TENANT L' ACCADÉMIE
DE SA MAJESTÉ A PARIS. LACQVELLE
DAME DECEDA, EN SA MAISON, A PARIS
RVE DES BONS ENFANTS, LE XXIIII
JANVIER 1624.
Priez Diev povr levrs ames.
Dans la nef, bon tableau, la
naissance de Jésus adoré par les Anges, copie d'André del Sarto. Un inventaire
du mobilier daté de 1828 ne relate aucun objet d'art. Les archives, registres
et paperasses du presbytère furent brûlés joyeusement en 1793, vers la porte du
cimetière. Je me demande ce qu'ils contenaient de si effrayant. Aujourd'hui,
avec ces documents, il serait plus facile de faire une histoire intéressante. -
La grosse cloche est assez belle et son ample voix se répand harmonieusement
dans les vallées environnantes. En voici l'inscription :
J. H. S. MAR.
D. O. M. JEAN ALlEN BACHELIER
N. DECRET PRIEVR DV PRIEVRÉ DE NOTRE-DAME DE JOIGNY
ET DAME CLAVDE DE RAGVIER, DAME ET BARONNE DE
LACROIX ET DE MIGENNES. 1648.
La petite cloche ne s'accorde guère avec sa soeur aînée. Voici ce qu'on y lit :
J'ai été bénite par
M. Jean-André Rappeneau, curé
de Cheny. M. François-Amédée Rativeau, maire de
la commune. L'an 1835. J'ai été nommée Marie-
Victoire par M. Antoine-Joseph-Marie-Auguste de
Manen, ancien capitaine de cavalerie, parrain, et par
Marie-Gabrielle-Victoire Bonnerot, veuve de M.
Ballaguet, marraine.
L'horloge actuelle a été donnée en 1875 par les familles Henry Madelain et Jacob.

Le
Presbytère. - Le presbytère, attenant a l'église, est une antique
maison, ayant sur la rivière, la vallée et les voies ferrées une magnifique
vue. Avant la Révolution tout le bas du jardin et dépendances était baigné par
la rivière. Le 8 vendémiaire, an IV de la République, le presbytère est mis en
vente : outre les bâtiments, tels qu'ils se comportent encore aujourd'hui,
cinquante cordes de concises, tenant d'un long du midi à la rue, du levant aux
champs, du septentrion à la rivière, d'autre au cimetière et à une petite
ruelle dépendant de la ci-devant cure de Cheny, et désormais appartenant à la
République. Il est adjugé au citoyen François-Auguste Ménétrier, propriétaire,
demeurant à Auxerre, moyennant 2.160 livres.
Quant aux
biens mêmes du presbytère consistant en vingt-deux arpents en diverses pièces,
ils sont adjugés, le 20 juin 1792, au citoyen François Mangin, militaire
décoré, demeurant à Brienon, moyennant seize mille livres. Une vigne de
cinquante-trois cordes est adjugée au sieur Etienne Carré, marchand de vin à
Cheny, moyennant mille cinq cents livres. Vingt-cinq cordes de luzerne, près la
croix Saint-Vincent, sont adjugés à Edme Durand, pour deux mille six cent-vingt
livres.
La cure,
estimée d'un revenu de six cents livres, était à la collation de l'abbaye de
Saint-Rémy de Sens.
En 1890, le
jardin, du presbytère a été encore réduit de ses deux cinquièmes, sur la
demande du Conseil municipal, et par décret présidentiel.
Liste des curés.- Nos
registres de catholicité commencent en 1615.
Pierre Railly,
en 1479, fut frappé jusqu'à effusion de sang, par Pierre de Courtenay, seigneur
de la Ferté ; celui-ci fut dispensé par l' Archevêque de Sens, de payer dix
livres d'amende auxquelles il avait été condamné.
Mathieu
Barnicou qui résigne sa cure en faveur de :
Edme Moreau,
en 1558.
Jean Voisin,
1615.
Michel
Mathieu, 1615-1646, eut pour vicaires Petitier et Foulon.
J. Constand,
1647-1656, eut pour vicaires Lambert et Goudé.
J. Huot,
1656-1682, eut pour vicaires Ferrand et Dumarest.
Rabillet,
1683-1695, eut pour vicaires Brice, capucin de Paris, Laguette de Saint-Jean,
cordelier, Prouvansal.
Marin Dumont,
1696-1718, vicaires Cornisset, Daguenet; neuf ecclésiastiques du voisinage
assistent à ses funérailles.
Cottet, 1719-1766.
Briquet,
prêtre de La Mission, 1766-1773, huit prêtres à ses funérailles.
Cropat, 1773.
Lespagnol,
1773-1792, remet les registres aux mains de Pierre Rondot, officier municipal, le
17 novembre 1792.
Saffroy,
1805-1812.
Ravinet, 1814-1824.
Féméry, 1828.
Jacob, 1829-1831.
Rappeneau. 1831-1859,
devient aveugle, se retire à Avallon; il eut pour vicaire son neveu, M. Monot.
Rousseau,
1859-1863, inhumé au centre du nouveau cimetière, il a laissé deux cent
soixante-sept francs à l'église.
Jean-Baptiste
Carré, ancien maître de l'institution Saint-Héric à Auxerre, 1863-1889,
littérateur émérite. Il a publié la biographie de M. Fortin, archiprêtre
d'Auxerre et celle de M. Laroche, curé d'Ormoy et de Saint-Bris. On lui doit
aussi un éloge de l'abbé Lebeuf, le 20 Avril 1860, à l'anniversaire séculaire
du savant auxerrois, des épisodes de l'Histoire d'Auxerre, un toast remarqué au
banquet de Fontenoy, etc.
Pierre-Valentin
Horson, 1889, votre serviteur, a publié des recherches historiques sur Pont-sur-Yonne.
Instituteurs.
- A coté de la signature du curé, nous voyons le paraphe artistique de
l'instituteur, prenant le titre de Recteur des écoles. Longtemps1'école se tint
dans une maisonnette toute proche du presbytère. Voici les noms que j'ai
relevés : Jusseaulme, 1618. Lejoyeux, 1646. Pierre Bonin, 1687. Jean
Deplaine, 1689. Pierre Prin, 1713. Germain Petitjean, 1760. Jean Guillot, 1807.
Sebastien Huot, 1808. Petitot, 1814. Depuis sont venus MM. Mathé, Besse,
Ythier, Creveau, Roger, Mercier, 1892.

Médecins.
- La paroisse de Cheny a régulièrement un médecin, ou chirurgien ou practicien.
Edme Bourrelet, 1629. Nicolas Perrettes, 1629. Charles Gervais, 1689. Edme
Moret, en 1773. Guillemot en 1805. Dr Albanel, Dr Henry, Dr Bricard.
Régulièrement aussi, une sage-femme ou matrone, qui apparaît aux baptêmes ; et
dans deux seuls cas de naissances illégitimes, en deux cents ans, elle déclare
et fait inscrire d'office le nom du père. Nous avions également un notaire
royal, un sergent en la justice de Cheny, un procureur fiscal, des artisans de
tout métier; couvreur, cordonnier, charron, .tisserand, pescheur, menuisier,
boulanger, charpentier. Le maître boucher semble avoir rang de notable.

Choses
religieuses. - En 1636, M. le curé relate les différents services auxquels
il est tenu, il doit faire six processions par an, savoir : le lendemain de
Pâques, à Hauterive ; le jour de Saint-Georges, au Mont-Saint-Sulpice ; le jour
de Sainte-Croix, à Bassou ; les trois jours des Rogations, à différentes
croix du territoire, pour trois livres. Actuellement les processions
religieuses sont interdites ; M. l'abbé Carré s'étant avisé d'aller
processionnellement, au cimetière, le jour de la fête des Morts, 2 Novembre
1881, subit un procès, et fut condamné à un franc d'amende, devant la justice
de paix de Seignelay.
En 1636, M. le
curé doit célébrer vigiles des morts tous les dimanches de Carême ; pour
tout l'octave du Saint-Sacrement, il lui est alloué cinq sols, cinq sols au maître
des écoles, cinq sols au sonneur. Il doit un service funèbre aux quatre temps,
et un, le lendemain de la Saint-Pierre. Le nombre des anniversaires à célébrer
cette année là est de quarante-trois ; beaucoup sont institués à
perpétuité par dispositions testamentaires, tels sont ceux de J.-B. Bonnard,
Dupuis, Huot, Chat. Pour cette même intention, Claude Fauconnier lègue à
l'église deux arpents de terre, lieu dit Guichardon. Michel Mathieu, curé, dix-
huit livres de rente sur ses bâtiments sis au Mont-Saint-Sulpice. Pierre
Rollinat, cinquante sols de rente sur une vigne, lieu dit Champ-Carré.
Antoinette Amyot, un quartier de pré, lieu dit Bouche d' Armançon. Claude
Pasquet, deux quartiers de pré même lieu. Marie Bondoux, un quartier de terre aux
Coulmines. Antoine Durand, deux arpents de terre sur Migennes. Il ne nous
parait point inutile d'exhumer ces témoignages de l'antique foi des habitants
de Cheny. Des messes basses sont fondées à perpétuité pour Guillaume Martin,
Benoit Lemoine, André Blandin, La Clérin, Brigide Perrettes, Thomas Cornu,
Madeleine Fouché, Etienne Goussot, Edmée Rollin, Edme Sauvage, Edmée Bonnard.
Les fondations
énumérées plus haut et quelques autres constituaient les biens et revenus de la
fabrique. Ils composaient, en 1792, un labourage de onze arpents, terres et
prés, affermé à Louis-Germain Sourdillat et J.-B. Gautherin, laboureurs à
Cheny, moyennant cent quatre-vingt-quinze francs. Ces biens sont mis en
adjudication, au Mont-Armance, le 17 Floréal an III, divisés en six lots.
1er lot,
adjugé au citoyen J.-B. Beau, propriétaire à Saint-Florentin, moyennant cinq
mille sept cents livres.
2ème lot, au
sieur Bon Bouvret, quatre mille cents livres.
3ème lot, au
sieur Bon Bouvret, cinq mille trois cent vingt-cinq livres.
4ème lot, au
sieur Edme Durand, gendre Lafaist, trois mille cinq cent soixante livres.
5ème lot, au
sieur Germain Sourdillat, quatre mille cent cinquante livres.
6ème lot,
moyennant cinq mille cent soixante-quinze livres. Ce qui fait un total de
vingt-huit mille dix francs.
Avant la
Révolution, il y avait à Cheny, une confrérie du Saint-Rosaire, de Sainte-Barbe
et de Saint-Roch, invoqué dans les épidémies. La statue de Sainte-Barbe a été
mutilée en 1793. Pareillement, il existait une confrérie de Saint-Nicolas,
patron des mariniers et des jeunes gens. On a encore le bâton processionnel du
XVIIème siècle.
Document "Cheny mon Village"