Au secours ! Je suis perdu !

CHAPITRE V


RUES, CLIMATS, CULTURE ET INDUSTRIE.

Rues. - Le plan ci-joint indique assez bien la structure du bourg. Quatre rues se développent à peu près parallèlement au cours de l'Armançon ; sept ou huit autres rues et ruelles vont en sens vertical et rendent les communications très faciles.

Dans la rue du Pavé nous avons le bureau de poste occupant l'emplacement de l'ancien four banal lequel fonctionnait encore en 1880. La ruelle attenante en tire son nom, du Grand Four. Une petite ruelle à gauche conduit à la fontaine Saint-Pierre, ainsi dite de son voisinage de l'église. Les eaux, dit-on, en sont très salubres. On y a installé un lavoir assez bien aménagé mais tout a fait insuffisant. La place de l'église est limitée à l'ouest par le chemin de l'abreuvoir et par un mur rustique des plus anciens. La place occupe l'ancien cimetière dont les terres furent enlevées en 1870. Chaque vendredi, on y tient un marché modeste, mais très utile. Autrefois, il y avait pour le marché une halle en bois, détruite en 1800, au lieu où est l'hôtellerie Saint-Pierre, à côté, existait une sorte de manoir féodal appelé la Diarde. On y voit encore une tête mitrée, insérée dans le mur. et, à l'intérieur, de vastes cheminées dont les pilastres sont ornés d'écussons armoriés. – Le cimetière qui date de 1860 est bien tenu ; l'étranger s'étonne de voir sur les tombes, tant de figures trinitaires au lieu des croix usitées ailleurs. En creusant les fosses, on rencontre par couches régulières de curieuses pétrifications, et aussi des restes de constructions.

De la place, la grande route de Chablis et de Bourgogne monte au sud, laissant à droite l'allée du château, l’école des garçons, la ruelle des Ouches, l'école des filles, coupant la rue Saint-Christophe au carrefour de la Croix Rouge. La Croix Rouge a été officiellement enlevée dans ces dernières années; en admettant qu'elle fût nuisible, on pouvait la reculer de quelques mètres et garder ce monument de la foi chrétienne.

Cette rue dans sa partie supérieure porte le nom des Abonnettes.

L'allée du château est ainsi dite parce que la porte principale de la seigneurie s'ouvrait sur elle, en face du vieux chemin des Usages ; le chemin d'Ormoy traversait le quartier des Cavons, dont le nom se retrouve dans de nombreux villages et rappelle les habitations souterraines des premiers hommes.

Noms des climats. - Une certaine importance s'attache à cette nomenclature; quelquefois ces noms sont l'unique vestige d'un événement très important des siècles passés. Quelques-uns s'expliquent d'eux-mêmes et viennent d'une fontaine, de la nature du sol, d'un arbre, d'un propriétaire: quelques-uns constituent de vrais énigmes sur lesquelles ma curiosité s'exerce inutilement. Je prends les sections dans l'ordre du cadastre.

1ère SECTION. - De la prairie. - Parny, les Grand Ormes, le Gravier, le Vallon, le Vivier où l'on a établi un lavoir communal en1892 ; il a servi dans les temps anciens aux campements militaires ; Champ-Villain, peut désigner un nom d'homme et peut-être un champ de carnage; le Poirier, le Sentier, le Thureau des prés (avec les Groseillers) renferment des cadavres épars et des restes de campements. Je me demande d'où proviennent ces squelettes. De l'époque gallo- romaine ? Probablement, vu les médailles, les cendres, les poteries dont j'ai déjà parlé ; peut-être aussi de la dernière défaite infligée aux Sarrasins par S. Ebbon, archevêque de Sens en l'an 715. Le chronique dit « qu'il les poursuivit jusqu'à ce qu'ils fussent expulsés de nos frontières ». Et nous savons que ces frontières étaient celles qui séparent Cheny de Beaumont. Sur les vieux plans, toutes les fois que nous touchons au territoire de Beaumont, sur la rive nous lisons : Bourgogne. Les Mardelles, le Rond de la Prée, Port des Fontaines, ferme importante, dépendance de l'ancien château, plusieurs fontaines y jaillissent sur le bord même de l'Yonne. L'Ile du Port, île Ange ou Anche, Flammery, peut-être à cause des iris ou flammes qui y croissent. Le Poirat, Pré des joncs, Les Noues, Epinottes, Plançon-Million, Caillou-Rouge, Les Coulmines (colombiers), Bouche d’Armançon, près de laquelle est construit le barrage de Charmoy sur l'Yonne ; Noue aux moines, (sans doute de Saint-Marien), Noue-Gaudin, Grosse-Borne, Buisson-Rond, Trois Vallées, Champagnier ou Champ panier (?), Pré des Chardons, Ile des Prés, Pré des Defoix, Le Dechargeoir, (sorte de port sur l'Yonne), Ile du Saulcy et grand saussis, Les Grèves, Poilly.

2ème SECTION. - Le Village, le Vignot, La Croisette (où était une petite croix), les Petites Beauces, la Lampe (pourquoi ?) Rue Tapée.

3ème SECTION. - Ferte-Rive, rive escarpée, firmitas, Vau-larron, qui veut dire Vallée où l'on exécutait les criminels, Bois de Pré, les Galères. En Ferte-Rive surgissent plusieurs sources abondantes, dont l'une est pétrifiante et d'une puissance d'action remarquable ; dans l'autre, plus considérable, on a établi un lavoir en 1892. Champ-grainé, Les Archies (nom que je voudrais bien m'expliquer). Là, il y a un carrefour d'où la vue s'étend sur les trois vallées ; les Brosses, en 1243, Broscioe,  les Cavons, l'Orme Carillon. Le Poirier aux Merles, le Coignot Ravin, la Grange du Moulin, Cul d'Oison. On prétend que le bourg s'étendait primitivement aux abords du cimetière actuel et qu'il a péri par le feu et dans les guerres. C'est une tradition : une chose certaine c'est qu'on y trouve des substructions, et que le chemin de Ligny traversait ce quartier .

4ème  SECTION. - Voèvre, les Malterres, terres difficiles à cultiver, mais excellentes ; ces climats ont été fortement éprouvés le 14 juin 1893. La grêle a horriblement saccagé le vignoble, qui donnait les plus belles espérances. Déjà le 24 mai 1773, un violent orage avait tout dévasté. Dans la relation de ce désastre il est dit : « En Ferte-Rive, aux Cavons, aux Malterres, aux Voèvres, quatre-vingts arpents de vignes sont. entièrement détruits. Sur six cents arpents de terre, blé, froment, méteil, seigle, la perte est trop considérable pour être évaluée. Sur vingt-cinq arpents de chenevières, il ne reste rien. Sur quarante-cinq arpents de pois et féves, il ne reste plus rien non plus, ni aucuns fruits sur les arbres. Cent cinquante arpents d'orges et d'avoines sont beaucoup endommagés.» Le rapport fait tendait à obtenir un dégrévement d'impôts et une indemnité de l'intendance générale de Paris. Aux Voèvres, sol marécageux dont les eaux entourent la Motte et détrempent une assez vaste étendue. Beauregard, les Grenouilles, les Châpelains. Les communaux de Cheny et d'Ormoy, les Caves, les Carrières, pierre tendre exploitée pour les constructions locales. Le Crot du Tesson, la Rive du Bois, Champ long ou Champ Jean.

5ème SECTION. - Bel-Air (ferme détruite, dépendait du château) les Chaumes, les Joncs, les Places, le Gouleau, Sous la Vente, Haie Châtelux, Pique-Mouche, Noyer-Thibault, chemin du Hay, station de Beaumont, sur le chemin de fer de la vallée du Serein, sise sur le territoire de Cheny, lequel s'avance presque jusqu'au cours de la rivière, près l'usine Vernassier. - Quelques-unes des nombreuses croix érigées autrefois subsistent encore et ont été jusqu'ici respectées: celle de Saint-Roch, rue du Pont ; celle de Saint-Vincent, aux Cavons, dont l'érection, en 1866, fut une fête toute populaire; celle de Notre-Dame, dans le même quartier.

Bien que ce soit le cours de l'Armançon qui sépare légalement le territoire de Cheny de celui de Migennes, presque tout le sol en deçà du canal appartient aux gens de Cheny. Ils citent fréquemment les noms du Gravier, du Couvent (lequel ?) l'île du Mort, ainsi dite parce qu'un jeune pâtre y fut assassiné, le grand Ru, le moulin et les prés de Préblin et Fouchy. Du pont de Cheny aux abords du canal et de la gare, les champs se couvrent de jour en jour d'élégantes constructions où l'on sent le mouvement et la vie.

Culture et industrie. - Si je cite le mot d'industrie, c'est pour rappeler qu'en 1669 il y avait à Cheny une manufacture de bas. Le recteur était André Sallatin, époux de Geneviève des Ormeaux, Cet établissement devait être de médiocre importance.

Cheny est essentiellement un pays de culture, L'outillage moderne et les progrès nouveaux y sont en honneur. Le produit par excellence est le blé. Vient ensuite la betterave expédiée en masse à la sucrerie de Brienon. Depuis plusieurs années, le vignoble est fortement compromis, autrefois il était la première richesse du pays. Les pressoirs du château, transportés ailleurs, sont maintenant démolis. Les huileries n'existent plus ; l'hiver de décembre 1879 a détruit les arbres fruitiers, notamment les noyers; à peine quelques invalides élèvent encore leurs vieux troncs mutilés. Le service du chemin de fer occupe une centaine d'ouvriers et fait vivre leurs familles.

Peut-être ferai-je bien, de reproduire ici la statistique locale publiée par l'Annuaire de l'Yonne, 1892.

Cheny, canton de Seignelay, arrondissement d'Auxerre, population 1128 habitants, bureau de poste et télégraphe : receveuse, Mlle Perdijon.

Maire : Boucheron ; adjoint : Mocquot ; desservant : Horson ; instituteurs: Roger, Porte ; institutrices : Mme Roger, Mme Mossot ; docteur-médecin : Bricard ; vétérinaires : Brillaut, Mathieu ; sage-femme : Mme Toscano ; caisse d'épargne ; fête patronale : Saint-Pierre-ès-liens, 1er août; marché tous les vendredis. Arpenteur : Narjoux; aubergistes: Coignée, à l'hôtel Saint-Pierre ; Moreau, à l'hôtel du Pont ou de Saint- Vincent ; barbiers : Amblard, Charpy ; marchand de bois : Boucheron ; bouchers : Adam, Leclerc ; boulangers : Garrier, Thierry ; bourrelier : Nodot ; charcutier : Leclerc ; charretier d'eau : Pécard ; charron-forgeron : Rigollat.

Commissionnaires en vins : Chambon, Boursin, Valodin ; charpentiers : Bondoux, Cappé ; cordonniers : Creveau, Chat, Thevenon ; coquetiers: Dutheil, Legros ; épiciers: Darbois, Durand, Narjoux, Langrogne, Tremblay ; ferblantiers : Cussac, Bénard ; forgerons : Crochot, Chambon, Nodot ; marchand de grains : Tremblay ; lingères : veuve Ferrand, Mme Lambin ; maitres-maçons : Deguy, Poher ; menuisiers: Dergny, Fournier, Hornebeck ; meunier : veuve Hunot ; modiste: Mme Prin ; nouveautés : Darbois, Langrogne, Narjoux ; ouvrières en robes : Mmes Bondoux, Dergny, Prou, Perruche ; peintres-verriers : Coignée, Langrogne, Toscano ;  pressoirs : Boursin, Chambon, Maure ; sabotiers: Hubert, Amblard, Chanvin ; tailleur : Gaillard ; tourneur : Brillaut ; vannier: Chanvin.

Cet opuscule est bien incomplet, j'aurais pu parler des anciennes confréries de Saint-Roch, Sainte-Barbe, Saint-Vincent, Saint-Eloi, et de plusieurs souvenirs de la piété de nos aïeux ; j'aurais peut- être dû parler de la bataille d'Esnon, et de l'occupation allemande en 1870, j'aime mieux simplement clore ici mes recherches ; si dans la suite, il me tombe sous les yeux, quelque document ancien, concernant Cheny, j'en ferai l'objet de notes supplémentaires. En attendant, j'ose espérer que cet essai historique, quel qu'il soit, offrira quelque intérêt à tous mes concitoyens et paroissiens.

Sommaire
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V

Document "Cheny mon Village"