Au secours ! Je suis perdu !
Notice sur les cantons de Seignelay et Saint-Florentin (extrait)
Annuaire statistique du département de l'Yonne 1840

La race ovine est plus nombreuse et s'améliore davantage à Cheny, commune populeuse et importante, resserrée dans les limites d'un territoire insuffisant, et qui semble, comme honteuse du nom ignominieux que lui a imposé le baptême traditionnel des temps, se cacher dans le cul-de-sac que forment, à l'extrémité nord-ouest de l'arrondissement d'Auxerre, les eaux, confluentes de l'Yonne et de l'Armançon.
En dépit de son nom, Cheny est un excellent pays. On y comprend les progrès agricoles, on en saisit la portée, on les adopte avec chaleur. Le sol s'y prête, du reste, généreusement ; car, à l'exception des grèves qui vont confiner au territoire de Beaumont, et dans lesquelles l'assolement triennal se combine avec des sainfoins réparateurs, le reste se compose de beauces et d'argiles riches, biennalement assolées, où le trèfle réussit à merveille, et où le blé, ramené tous les deux ans, donne de fort beaux produits. Nous retrouvons à Cheny cette opinion, que la jarosse et la gravière sont beaucoup moins épuisantes que les vesces et les pois, et partant, une préférence très marquée accordée à celles là sur ceux-ci. Y a-t-il quelque fondement dans ces observations, dont la justesse est à la merci de tant d'influences, respectivement appréciables, et souvent négligées ou inaperçues ? Nous sommes fort disposé à le croire, surtout quand nous considérons que l'on prétend, à Cheny, récolter un froment moins beau d'un quart après une récolte de vesces qu'après une gravière ou une jarosse. C'est là une preuve bien concluante, si elle est exacte. Ce fait, et les remarques qui l'établissent, nous ont paru assez importants pour mériter de passer au creuset d'expérimentations nouvelles et plus générales.
L'impulsion vigoureuse qu'a reçue depuis cinq ou six ans l'agriculture à Cheny, n'y a pas mis la pomme de terre en faveur. La betterave y est plus heureuse ; plusieurs marchés ont été passés pour produire l'espèce saccharifère ; et le voisinage du canal de Bourgogne, ainsi que la fertilité dominante du sol, donnent l'espoir fondé de voir cette industrie, qui s'exerce, dès à présent, sur une dizaine d'hectares, s'y développer davantage d'année en année.
Sans être essentiellement viticole ni forestier, le territoire de Cheny fournit des vins que distingue, à défaut de qualité, une certaine abondance de production, mais que la gelée atteint trop souvent dans leur germe ; et les rives de l'Armançon s'ombragent d'une foule de plantations, dont les dépouilles sont fort utiles à la consommation locale. On y trouve aussi des prés, qu'arrosent irrégulièrement les deux rivières, et dont on défriche, comme nous le voyons partout, tout ce qui peut passer par la charrue.
Malgré la médiocrité de leurs attelages, les laboureurs de Cheny méritent donc des éloges pour les améliorations qu'ont éprouvées leurs travaux agricoles. Sobres de charrois étrangers , et s'occupant avant tout de leurs champs , c'est à eux qu'ils demandent une aisance qui devra croître avec les progrès de leur culture. C'est déjà beaucoup dire à leur avantage que d'estimer au sixième, année commune, des terrains cultivés, l'étendue des prairies artificielles sur leur territoire.
Remontons , dans la direction de l'Est, le cours sinueux de l'Armançon, et, une fois Brienon derrière nous , nous posons déjà le pied sur les riches collines du Mont-Saint-Sulpice.

Verrollot d'Ambly

Télécharger le document en PDF

Retour