Histoire générale illustrée du département de l'Yonne
Maurice Pignard-Péguet - 1913

CHENY (CHINIACUS)

La position de Cheny, à côté de la grande gare de bifurcation de Laroche, est des plus avantageuses. La cité dut avoir une vie propre dès le temps des Gallo-romains des premiers siècles, car, lors des travaux de la voie ferrée de Laroche à Auxerre, on a trouvé des monnaies et des médailles en grand nombre à l'effigie des empereurs Claude, Tibère, Commode, etc. Plus tard, la localité fut incorporée dans le pagus de Sens. L'abbé de Saint-Remy de Sens en fut un des premiers seigneurs avec le prieur de Bonnard, les abbés de Pontigny et de Saint-Marien d'Auxerre. Il y eut des seigneurs laïques.

Les seigneurs Le péage du pont de Cheny, qui était en bois en 1243, se faisait au profit des seigneurs. En cette année-là Jean de Seignelay était seigneur. Il autorisa les moines de Saint-Rémy de Sens à établir un moulin à courtines sur le pont, Jean de Seignelay en fit un autre sur l'Armançon un peu plus loin. En 1244, l'abbaye de Saint-Rémy était annexée à celle de Saint-Pierre-le-Vif qui se substitua à elle. En 1251, Agnès de la Croix donna une terre de Cheny à l'abbaye de Saint-Marien. Hugues, son petit-fils, confirma la donation. Jean de Seignelay était aussi seigneur de Beaumont et sire de Sainte-Pereuse. Son fils Etienne II devenait à son tour seigneur de Cheny. Au XVème siècle, la seigneurie passa aux Savoisy, Philippe de Savoisy fut seigneur en 1484 et Claude en 1507. En 1534, François de la Rivière héritait de cette terre. Un de ses petits-fils, Jean de la Rivière, épousa en premières noces Charlotte de Harlay dont il eut un fils Antoine, qui fut seigneur de Cheny et de Bonnard, et en seconde noces Marguerite Spifame. En 1615, la seigneurie était échue aux sires de Hanniques. En 1666, Jean-Baptiste de Colbert, baron de Seignelay, acquit des héritiers de Hanniques Cheny, Ormoy et la Malmaison. Enfin à la Révolution, Cheny appartenait à Léon de Montmorency qui émigra, de sorte que la maison de Seignelay, sauf à de rares intervalles, gouverna Cheny de 1220 environ à 1789.

Le château Il y a à deux kilomètres au sud de Cheny un terrassement de 265 mètres d'éllipse, qui fut entouré de fossés comme un camp et qui s'appelle la Motte des Usages. On a disserté à perte de vue sur l'attribution de ce camp. Il est naturel de penser qu'il fut créé en 1593 par le maréchal Biron (*) qui séjourna dans le pays. Les sources de la Voèvre, qui emplissaient les fossés, alimentaient le château. Celui-ci a été reconstruit au XVIIème siècle, comme l'indique cette inscription sur la façade : "le 6 juin 1616, cette pierre a été mise par Charles de Hannicques fils de Benjamin, seigneur de Cheny". Le rez-de-chaussée est voûté à l'antique. L'entrée est surmontée d'un fronton illustré d'un trophée d'armes, de personnages allégoriques et des emblèmes de la République.

L'église L'église appartient à la Renaissance XVème et XVIème siècles. Une seule nef en croix latine, voûtée en pierre comme du reste le coeur et les deux chapelles. Les arcades en ogive dans les travées ou les baies sont antérieures au règne d'Henri II ; les arcades cintrées partent d'Henri II en règle générale ; c'est ainsi que les chapelles latérales de l'église se trouvent être de la fin du XVIème. Les baies et l'abside sont du beau flamboyant. Sous le porche du clocher, qui appartenait à une église du XIIIème est un saint Pierre, pape, en pierre ; il a l'avant-bras et la tiare cassés. Au choeur, on relève une pierre tombale de Louise de Lambert "en son vivant espouse de Messire Pierre de Hannique, seigneur de Beaumont, Cheny, Bonnard et autres lieux... premier escuyer de monseigneur le duc d'Orléans... décédée à Paris le 23 janvier 1624". A noter encore un tableau de la Nativité, copie d'André del Sarto ; une cloche de 1648 dont la marraine fut dame Claude de Raguier, dame et baronne de "Lacroix et de Migennes".

(*) Voir Histoire Générale livre XII

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