Au secours ! Je suis perdu !
Etude réalisée par M Alain Noël - Groupe d'Etude Micro-historique http://gemh.free.fr
Document publié avec l'aimable autorisation de l'auteur

HISTOIRE DU FAUX TESTAMENT DE MESSIRE JEHAN DE LA RIVIERE, CAPITAINE ET BAILLI DE SENS,
SEIGNEUR DE CHENY

LE VILLAGE DE CHENY

Cheny est actuellement une bourgade de 2210 habitants qui fait partie de la proche banlieue de la petite ville industrielle de Migennes. Cette réalité, tant économique que démographique, est récente. Cheny, tout comme Migennes, avant le développe­ment féroviaire de la seconde moitié du XIXe siècle, avait l'apparence d'un village à vocation essentiellement agricole. En témoi­gne l'article consacré en 1869 à cette localité par Alphonse DORLHAC de BORNE dans sa Géographie du département de l'Yonne, transcrit ci-après:

CHENY. - Situé sur la rive gauche de l'Armançon à 19 Km d'Auxerre et à 9 Km de Seignelay. 793 habitants. Foires : 17 Mars, 10 août et 4 décembre. Marché le vendredi. La superficie est de 973 hectares. Exploitation de grès dans la vallée. Les terres sont gréveuses dans la vallée ; sur la côte elles sont blanches et chargées de fragments de craie marneuse. Les cultures sont très variées dans cette commune ; cependant le froment domine, et une assez grande partie du territoire est plantée de vignes.

A l'époque qui nous intéresse plus particulièrement : l'année 1613, le village de Cheny présente une curieuse structure. La justice locale dépend de l'ancienne prévôté royale de Villeneuve-le-Roy (aujourd'hui Villeneuve-sur-Yonne), convertie en «ancien ressort royal» avant d'être improprement baptisée «bailliage». Ce superlatif de «bailliage» est d'autre part retenu pour qualifier, dès 1613, la justice seigneuriale de Cheny, ce qui se justifie d'autant moins que Villeneuve-le-Roy ne le possè­de pas encore.
La «terre et seigneurie» de Cheny se situe quant à elle dans la mouvance de la châtellenie de Seignelay. Le système, qui domine les institutions de la contrée est infiniment féodal en ce début du XVIIe siècle et contraste fortement avec l'indépendance acquise de longue date par certaines terres joviniennes, villeneuviennes et de la Forêt d'Othe. La famille de la RIVIERE représentée par de multiples rameaux, issus par une aïeule de la tige des de SAVOISY, barons de Seignelay, peuple les châ­teaux et manoirs de cette petite contrée : Seignelay, Cheny, Beaumont, Bassou et Bonnard. Au lendemain des guerres de religions, cette noble maison d'épée possède une autorité considérable dans le Nivernais, et l'Auxerrois. Mais elle a moins d'influence dans le Sénonais.

DE LA DÉCOUVERTE D'UN FAUX TESTAMENT

Le document présenté est extrait d'une liasse d'actes notariés provenant des minutes de Me MENU, notaire royal à Villeneuve-le-Roy. Il s'agit d'un témoignage daté de 1613, officialisé par le paraphe du tabellion-juré, qui vise à disculper un homme de loi, Me Germain BOULOIS, lieutenant et notaire au bailliage de Cheny, impliqué dans une affaire de faux en écriture. Pour ce faire le praticien n'a d'autre recours que de faire rédiger et insinuer cette déclaration par le notaire du ressort royal dont dépend sa petite justice. Cet acte doit «luy servir et valloir en temps et lieu», dans l'attente d'une procédure dirigée contre toutes les exactions commises par le seigneur de Cheny, attendu que le notaire de Cheny fut contraint et forcé de se plier aux exigences du violent gentilhomme.
Germain BOULOIS nous révèle en effet, qu'au château de ce village, fut signé deux ans plus tôt, sous la menace des armes, le faux testament de Messire Jehan de la RIVIERE, seigneur dudit lieu, capitaine et bailli de Sens. L'action se déroule en 1611. Elle met en présence Antoine de la RIVIERE, fils de «feu Monsieur» de Cheny, gentilhomme impétueux et imbu de son rang, Me Valérien BONDOUX, notaire rural asservi à son maître, et le juge seigneurial Me Germain BOULOIS, autorité judiciaire - donc garante du droit et de la morale - de la petite contrée. Ce dernier fut peut-être en son temps l'homme de confiance du capitaine de Sens. Attachons-nous à définir à présent personnalité et condi­tion sociale de chacun des trois acteurs de notre drame villageois, en allant du plus infime au plus notable.

LE NOTAIRE BONDOUX

Me Valérien BONDOUX est un modeste tabellion qui vit dans l'ombre de son maître. Il ne peut en être autrement. Les BONDOUX appartiennent au finage de cette région et forment des souches de diverses conditions : laboureurs, fermiers de seigneu­ries, praticiens. Leur établissement semble relativement ancien. Nous notons en effet dès le 13 janvier 1542, en la paroisse St Renaubert d'Auxerre, les épousailles d'un nommé Sébastien BONDOUX, de Chemilly, avec Edmone MARESCHAUX, de Gurgy. Dans le sillage du notaire «servile», il existe à la même époque d'autres petits hommes de lois comme Jean BONDOUX, sergent à Cheny en 1616, Me Nicolas BONDOUX, praticien en 1617, et Pierre BONDOUX, greffier en la justice dudit lieu en 1622.
Sous la dictée d'Antoine de la RIVIERE, Valérien BONDOUX a rédigé un faux testament et ne semble pas s'inquiéter des retombées judiciaires d'une telle falsification. Ses propres notions juridiques sont sommaires et proviennent d'un appren­tissage limité auprès d'un praticien plus âgé de la région. Telle est la formation de la plupart des membres de da basoche» rurale en ce début du XVIIe siècle qui complétaient par ailleurs les maigres émoluements de leurs charges, en cultivant eux­mêmes vignes et terres. Me BONDOUX est assurément l'un de ces agents seigneuriaux, sans grande fortune, tenant à jour les registres censiers et terriers du domaine de son maître, et rédigeant ça et là quelques baux à ferme. En tous cas c'est lui qui le 6 décembre 1607 a façonné la procuration d'Antoi­ne de la RIVIERE pour l'hommage de Cheny et Bonnard, rendu à sa place, à la chancellerie, par Jean SPIFAME.
Il apparaît donc comme un simple exécutant d'une besogne frauduleuse, dont il n'a guère la capacité, semble-t-il, de dissocier de la besogne quotidienne.

LE LIEUTENANT DE LA JUSTICE DE CHENY

Me Germain BOULOIS est le juge seigneurial de deux terres appartenant à la maison de la RIVIERE : Cheny et Bonnard. Il fut présenté sans doute à la première charge de lieutenant de Cheny par le père d'Antoine de la RIVIERE, et à la seconde de juge de Beaumont par un autre sire de la même famille. Sa position sociale est différente de celle du praticien BONDOUX. Ses prérogatives s'étendent sur deux finages relative­ment vastes. Il n'est pas l'homme d'un seul maître, non plus qu'il n'est un simple tabellion ; rendant la justice «haute, moyenne et basse» il a le pouvoir de prononcer la peine de mort. Enfin ses jugements sont contrôlés au ressort royal de Villeneuve, siège distant de plus de 30 Km de Cheny et qui, malgré l'autorité des seigneurs de la RIVIERE, est loin de subir leur influence.
Me Germain BOULOIS appartient certainement à la classe des bourgeois ruraux de la région, souvent issus du milieu cultivé du négoce ou de la robe des villes, classe que l'on confond volontiers à tord avec celle des strates supérieures de la paysannerie. Le lieutenant de Cheny se distingue très certainement de Me BONDOUX, qui semble plutôt faire partie de cette «élite paysanne» définie plus haut. A l'inverse de ce dernier il montre les signes d'une culture juridique en s'inquiétant des conséquences de cette fasisification. Doté d'une autorité inhérente à sa fonction de «bailli», il semble qu'il ne soit pas totalement dépourvu de fortune personnelle, puisqu'il possède au moins deux maisons : l'une à Cheny, l'autre à Beaumont. Enfin sa famille ne semble pas implantée dans la région, ce qui lui fournit un atout supplémentaire d'indépendance face aux pressions de tous ordres secrétées par le népotisme judiciaire.
Il donne d'ailleurs des signes évidents de cette différence de statuts avec le praticien BONDOUX en exprimant une résistance de forme à la pression seigneuriale. Car Antoine de la RIVIERE a besoin de lui pour un document officiel et précieux. Le paraphe du lieutenant de Cheny, qui est sans doute également garde du sceau de la justice, authentifie en quelque sorte le parchemin au contenu illicite. Le lieutenant possède donc un pouvoir personnel que le seigneur ne pourra contourner que par la force. Me BOULOIS explique l'enjeu de cette modeste résistance. Il connaît bien le fils de son protecteur décédé. Peut-être a-t-il dû, à plusieurs reprises déjà, user de ses qualités de conciliateur, à propos de plaintes de paysans contre les exactions commises par les sbires du seigneur. Trois de ces «hommes de mains» nous sont connus : il s'agit de Monplaisir «qui vient le quérir», de La Varenne «ayant une espée et un pistollet» et du nommé Launay. Assurément ces personnages, dotés pour deux d'entre-eux de sobriquets de laquais ou de soldats, n'ont pas l'air rassurants. Me BOULOIS leur donne le qualificatif de «suppotz» capables de «grandes violence voie de fait et autres maux», Peut-être s'agit-il d'anciens hommes de troupes recrutés par le gentihomme pour lui servir de garde personnelle. Me BOULOIS se permet de questionner le sire de Cheny sur la valeur du document qu'on lui intime de signer. Répondant avec fureur Antoine de la RIVIERE se garde pour­tant d'employer le tutoiement. Ce détail conforte notre opinion que Germain BOULOIS est un bourgeois et non un paysan évolué car dans la même phrase rapportée le seigneur parle de «Bondoux» sans se soucier du titre de «Maître» qui devrait être apposé devant le patronyme. Cette «impolitesse», échangée dans le feu des menaces, est un signe supplémentaire d'asservissement du petit tabellion à la cause seigneuriale. En tout état de cause le seigneur en personne doit sortir ses propres armes pour convaincre le juge de signer le faux document. Dans la violence de l'action, il traite Me BOULOIS sur un plan d'égalité n'osant faire intervenir directement ses domestiques pour contraindre le lieutenant.
Toutes ces observations sont évidentes. Mais les nuances que nous venons de dégager ne doivent pas nous faire oublier la marche de manœuvre relativement réduite du juge seigneurial, si probe nous semble-t-il.
Faut-il par ailleurs relativiser le témoignage de Me BOULOIS ? Doit-on se faire l'écho d'une seule thèse ? - en l'occurence celle d'un juge craignant des retombées judiciaires, après la falsification d'un document dans laquelle il est personnellement impliqué -. Nous allons examiner, à propos d'Antoine de la RIVIERE, dans quel contexte particulier s'est révélée cette affaire. D'ores et déjà il est utile de noter que Germain BOULOIS prend des risques en allant rapporter devant Me MENU sa mésaventure. Il n'est pas à l'abri de la colère dudit seigneur, même si ce dernier semble, en 1613, hors d'état de nuire, puisqu'il est par ailleurs recherché pour une mauvaise affaire de duel. Cela nous amène à cerner de plus près la réalité de ce personnage, de sa famille, et de sa généalogie.

LE SEIGNEUR DE CHENY ANTOINE DE LA RIVIERE

Antoine de la RIVIERE procède d'une maison florissante de barons du royaume de France, connue pour avoir donné à la couronne deux premiers chambellans des rois Charles V et Charles VI, un ministre favori de ces deux monarques, et un grand maître souverain des eaux et forêts de France. Cette famille prétendait être issue de la maison de CHATELCENSOY, branche de la maison de SEMUR-DONZY, tige enfin de celle de BOURGOGNE. Nous n'avons pu vérifier ces assertions, mais il est constant que dès le XIVe siècle les DE LA RIVIERE sont inscrits dans la hiérarchie nobiliaire parmi les petits ba­rons influents de la cour de France, au même titre que les DE LA TREMOILLE, DE MONTMORENCY, DE LAVAL, DAMAS ou CLISSON. Un ancêtre direct d'Antoine de la RIVIERE, Jean de la RIVIERE, l'un des principaux capitaines au service de Charles V, présenta, suivant Froissart et Paradin, une couronne d'or à la reine Isabeau de Bavière, lors de son arrivée solennelle à Paris en 1399.
Cette famille, qui tire son nom de la terre de la Rivière sise en Nivernais, devait s'établir dans la région qui nous intéresse en deux temps. Le petit-fils du capitaine de Charles V, Jean de la RIVIERE, homonyme de son aïeul, fit entrer en 1424 la vicomté de Tonnerre dans son patrimoine en épousant à cette date Alix de la PERRIERE, héritière du titre. Mais l'implantation des DE LA RIVIERE dans la région de Seignelay proprement dite date de 1499. A cette époque Messire François de la RIVIERE épouse dame Madeleine de SAVOISY, fille de Philippe de SAVOISY, seigneur de Seignelay et de Marguerite de LUGNY. Cependant le couple hérite de cette seigneurie beaucoup plus tard : seulement après le décès de Claude de SAVOISY, frère de Madeleine. En effet, le 2 juin 1518 François de la RIVIERE rend hommage au chancellier de France, du château et seigneurie de Seignelay, et des terres et seigneuries de Beaumont, Cheny et Bassou, qu'il tient du chef de sa femme, héritière de son frère Claude de SAVOISY, chevalier, seigneur desdits lieux. Au ban et arrière-ban du bailliage de Sens de l'année 1545 Madeleine de SAVOISY, veuve de François de la RIVIERE, dame de Cheny, déclare un revenu de 517 livres à l'égard dudit fief. Elle doit contribuer au service pour la somme de 90 livres. Mais la dame de Cheny «faict remonstrer par maistre Jacques Guiot, son procureur, que combien qu'elle soit devenue proprietairesse dud. fief de Cheny neantmoins appartient l'usufruict dud. fief de Cheny a Messire Henri de Malain, chevallier, Sgr de Lux, qui est tenu du service et paiement de la cotte»
François de la RIVIERE et Madeleine de la RIVIERE eurent onze enfants connus qui se partagèrent le vaste patrimoine. Adrien de la RIVIERE, leur second fils, hérita de Cheny. En s'alliant avec Louise RAGUIER, le gentilhomme associait sa descendance à la nombreuse postérité des BUDÉ et des PORCHER, familles bourgeoises anoblies aux XIVe et XVe siècles, originaires de la vallée du Serein et de la ville de Joigny. De cette alliance naquit Jean de la RIVIERE, capitaine et bailli de Sens, qui devint en 1563 l'époux de Charlotte de HARLAY, fille du seigneur de Césy Louis de HARLAY. Jean de la RIVIERE éprouvait un grand intérêt pour sa seigneurie de Cheny. En témoignent les actes du ban et arrière-ban du bailliage de Sens de l'année 1575 qui le citent en ces ter­mes : «le fief terre et seigneurie de Cheny, dont est détenteur Messire Jean de la Riviere, chevalier de l'ordre du roy, bailly et cappitaine de Sens, vallant de revenu par an V c XVII l. -. doibt contribuer XXX iii s. XX d. --. Ayant esgard que led. Sgr de la Rivière est bailly et cappitaine de Sens et qu'il faict service personnel au Royen la presente convocation, nous le déclarons exempt». Nous constatons en effet que le capitaine de Sens avait agrandi son domaine en achetant leur part aux moines de St Rémy de Sens. Au reste, le château de Cheny devait être la principale résidence de Jean de la Rivière puis­qu'il ne possédait guère plus que Cheny et Bonnard, les autres fiefs ayant été attribués au gré des partages à d'autres rameaux de sa maison. Jean de la RIVIERE devait décéder en laissant un fils : Antoine, probablement une fille : Louise dite «Mademoiselle de Cheny», et une veuve : Charlotte de HARLAY. Celle-ci se remaria avec François des ESSARTS, seigneur de Sautour, qui aurait été tué à Turin en 1590. François des ESSARTS était un farouche capitaine protestant qui s'était naturellement mis au service d'Henri de Navarre. En 1589 il s'était attaqué au prieuré grandmontain de l'Enfourchure, à Dixmont, où ses hommes firent, dit-on : «sacrilèges devant quoy les daymons auroient recullé d'effroy et d'espouvantement». De l'Enfourchure il dirigea un siège de cinq jours contre la ville de Dixmont, qui céda, pour devenir avec St Julien-du-Sault l'une des deux principales places fortes royalistes sénonaises. Il semble que ce seigneur n'ait eu qu'une fille nommée Char­lotte des ESSARTS, dame de Sautour, épouse de François de L'HOPITAL, maréchal de France sous Henry IV. Elle pourrait bien avoir été la sœur utérine d'Antoine de la RIVIERE. Il est même possible que l'histoire de notre faux testament soit rela­tive aux complications de succession qui auraient pu entourer le patrimoine de Charlotte de HARLAY, épouse en secondes noces du terrible baron de Sautour.
Antoine de la RIVIERE était-il protestant comme de nom­breux membres de sa famille grand-maternelle : les RAGUIER, ou tel son beau-père François des ESSARTS ? Nous l'ignorons. Mais il est certain que la personnalité de ce soldat fut marquée par les terribles guerres de religions auxquelles il a probable­ment dû assister, sinon participer, dans sa jeunesse. En 1594 il épouse Marie HURAULT, puis en secondes noces Marguerite SPIFAME. Sa dernière femme appartient à la famille de l'évêque de Nevers, Jacques SPIFAME, devenu ardent calviniste, mort décapité à Genève en 1566. Les SPIFAME étaient possessionnés dans la région, à Passy, Dixmont, et Villeneuve-le-Roy.
Antoine de la RIVIERE descend donc de plusieurs maisons prestigieuses qui servirent la couronne de France avec «moult distinction». Cependant la fonction qu'il occupe de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi semble plutôt médiocre comparée aux charges de chambellans, de baillis et capitaines de Donzy, Auxerre et Sens dont étaient dotés ses ancêtres et colla­téraux. Frustré des honneurs militaires concédés d'ordinaire par le royaume aux membres de sa maison, le gentilhomme apparaît tel un despote villageois, vivant replié dans son châ­teau de Cheny. Entouré de ses gardes, dont l'allure est peu engageante, il traite avec mépris la loi, le droit et les usages établis dans la seigneurie de ses ancêtres. Sa façon d'être, sans doute provient-elle de l'apprentissage du monde rustre de l'armée d'alors. Le juron «ventre Dieu» prononcé «avec parolles de rigoeur» détermine également l'irrespect qu'il porte à l'égard de la religion.
Le document que nous venons d'analyser n'est-il pas une rela­tion caricaturale de l'anecdote ? Le lieutenant BOULOIS n'a-t-il pas cédé à une vengeance facile ? Cela nous semble improbable pour les raisons que nous avons sus-énoncées : puissance de la famille de la RIVIERE, importance du délit dénoncé, implication personnelle du lieutenant dans d'affaire». Nous savons en outre que le gentilhomme de la chambre du roi était en totale disgrâce en cette année 1613. Il venait de se battre en duel et, à ce titre, était passible de poursuites. La découverte de cette mauvaise affaire a sans doute contribué à discréditer un peu plus le seigneur de Cheny. L'histoire nous dit qu'il pré­féra s'enfuir en Autriche plutôt que d'affronter ses juges. Il se mit au service de la maison d'Autriche et prit le titre de comte de la Rivière. Jamais, semble-t-il, le seigneur de Cheny ne réapparut dans son ancien fief. Son exil marqua la fin de la domination des de la RIVIERE sur le village. Dès 1615 les sires de HANNICQUES possèdent cette seigneurie. Une ère nouvelle débute. L'ancien château des barons de Seignelay est rasé. Une inscription restée gravée sur la nouvelle bâtisse illustre bien ce renouveau , «Le 6 juin 1616, cette pierre Ci été mise par Charles de Hannicques, fils de M. de Benjamin, seigneur de Cheny».

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