Au secours ! Je suis perdu !
Hydrographie de la Nièvre
par Paul Joanne
Le département de la Nièvre appartient à deux bassins d'inégale étendue : le bassin de la Loire et le bassin de la Seine.
Le bassin de la Loire est environ deux fois plus grand que celui de la Seine ; il occupe le sud, le centre, l'ouest et le nord-ouest du département.
La Loire est un grand fleuve. Elle naît trois fois plus près de la Méditerranée que de l'Atlantique, dans les montagnes du département de l'Ardèche, sur le flanc du Gerbier de Jonc, haut de 1.554 mètres, qui fait partie de la chaîne des Cévennes. L'altitude de sa première fontaine est de 1.373 mètres. Avant d'atteindre le département de la Nièvre, elle arrose ou borde cinq départements, l'Ardèche, la Haute-Loire, la Loire, Saône-et-Loire et l'Allier, et, dans un cours dirigé en moyenne, d'abord vers le nord nord-est, puis vers le nord nord-ouest, elle laisse à gauche le Puy-en-Velay, à droite Saint-Etienne-en-Forez, et baigne Roanne. Quand elle arrive sur le territoire de la Nièvre, elle a parcouru à peu près le tiers de sa longueur, qui dépasse un peu 1.000 kilomètres.
Pendant 115 kilomètres, ou à peu près, la Loire appartient au département de la Nièvre, du confluent de la Cressonne jusqu'un peu au delà du confluent de la Vrille : d'abord par les deux rives, et, à partir de l'embouchure de l'Allier, par la rive droite seulement, la rive gauche appartenant au Cher. Sa rive droite est dominée généralement par des collines assez élevées, couvertes de vignes, tandis que la rive gauche est bordée par une plaine où passe le canal latéral à la Loire. De ce côté, les bourgs et les villages, que menacent les inondations de la Loire, ne sont pas bâtis au bord du fleuve, mais sur le canal latéral qui suit le pied des coteaux.
C'est par 200 mètres environ d'altitude que la Loire commence à toucher le territoire de la Nièvre. A Decize, ville bâtie dans une île, au confluent de l'Aron et du canal du Nivernais, son niveau n'est plus que de 191 mètres ; il est, à Imphy, de 179 mètres, de 172 au confluent de l'Allier, de 168 devant Fourchambault, de 160 devant la Charité, de 154 devant Pouilly, de 150 au pont de Saint-Thibaut , au pied de la colline de Sancerre (Cher), de 146 devant Cosne, de 137 devant Neuvy, de 135 à sa sortie du département.
Dans sa traversée de la Nièvre, la largeur de la vallée varie entre 1.500 et 4.000 mètres, sauf en un point au-dessus de Decize, où les collines, se rapprochant des deux côtés, laissent à peine une place suffisante au lit du fleuve, qui, généralement peu profond (bien que navigable ou censé tel) et parfois très élargi par des îles, a de 150 à 200 mètres aux passages les plus étroits, 1.200, 1.300, 1.350 aux plus larges.
De sa sortie du département de la Nièvre jusqu'à la mer, la Loire traverse encore cinq départements, le Loiret, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Maine-et-Loire, la Loire-Inférieure. Changeant de direction, elle se porte vers l'ouest, baigne Gien, Orléans, Blois, Amboise, Tours, Saumur, passe près d'Angers, à Ancenis, à Nantes. Là, elle commence à se transformer en un estuaire qui acquiert successivement 2.500, 3.000, 4. 000 mètres de largeur, puis se resserre à 2.000 mètres au point où elle entre dans l'Atlantique, à Saint-Nazaire, à 35 kilomètres en aval de Nantes, à l'issue d'un bassin de 11 à 12 millions d'hectares, soit plus du cinquième du territoire français.
La Loire est un fleuve capricieux. Au-dessus du point où la marée lui donne plus de profondeur et de régularité, et notamment en amont du confluent de la Maine, elle ne couvre son lit qu'à la suite des grandes pluies, des fontes de neige, au printemps et quelquefois en été. Alors elle est terrible et peut rouler jusqu'à 12.000 mètres cubes d'eau par seconde, c'est-à-dire 12 millions de litres d'eau ; tandis qu'à l'étiage, autrement dit aux eaux très basses, on la voit descendre à 25 mètres cubes par seconde devant Orléans, à 50 au-dessous du confluent de la Vienne. En somme, la moyenne de son débit, étiage et crues compris, est de 985 mètres cubes d'eau par seconde.
La Loire, qui a pour principaux affluents l'Allier, le Cher , l'Indre, la Vienne et la Maine, reçoit, dans le département de la Nièvre, la Cressonne, l'Aron, l'Acolin, la Colâtre, l'Ixeure, la Nièvre, l'Allier, le Mazou, le Nohain, la Vrille.
La Cressonne, affluent de droite, long de 24 kilomètres, traverse Ternant, et sépare, sur une longueur de 12 à 13 kilomètres, le territoire de la Nièvre de celui de Saône-et-Loire, jusqu'à son embouchure dans le fleuve près de Saint-Hilaire-Fontaine.
L'Aron, tributaire de droite, commence à 3.500 mètres au sud de Saint-Révérien, dans un étang qu'ombragent des bois, l'étang d'Aron. Cette nappe d'eau est à 280 mètres d'altitude. A peine l'Aron en est-il sorti, qu'il se divise en deux bras : celui de gauche, sous le nom de Vaucreuse, est une branche du Beuvron, et appartient, par conséquent, au bassin de la Seine par l'Yonne ; tandis que celui de droite, sous le nom d'Aron, se dirige vers la Loire ; cette bifurcation est plus artificielle que naturelle, car c'est par un aqueduc qu'une partie du ruisseau est versée dans le ravin de Vaucreuse. L'Aron coule d'abord au sud-est, puis au sud, puis au sud-ouest. Il rencontre, un peu en amont de Châtillon-en-Bazois, le canal du Nivernais, et dès lors tous deux descendent, quelquefois confondus, vers la Loire jusqu'à Decize, par Châtillon-en-Bazois et par Cercy-Ia-Tour, d'abord dans un vallon très étroit, singulièrement sinueux, puis dans une vallée de prairies assez humide mais fertile. Sa source étant à 280 mètres au-dessus des mers, son embouchure dans un des bras de la Loire qui forment l'île de Decize étant à 191, sa pente totale est de 89 mètres pour une longueur de 68 kilomètres. Cette rivière alimente, pour sa part, le canal du Nivernais. Elle est flottable à bûches perdues depuis le confluent du ruisseau de Montaron, près de Vandenesse. Parmi ses nombreux affluents, plus ou moins alimentés par des étangs qu'on dessèche de plus en plus, nous citerons : le Trait (21 kilomètres), suivi, de sa source à son embouchure, par le chemin de fer de Clamecy à Cercy-la-Tour ; - le Veynon (28 kilomètres), né sur le versant nord de la montagne qui porte Château-Chinon ; -le Guignon (24 kilomètres), qui est la rivière de Moulins-Engilbert : dans cette ville, il se grossit du Garat ou rivière des Garats, ruisseau long de 20 kilomètres ; -la Dragne (30 kilomètres), qu'on nomme aussi quelquefois la Vandenesse ; elle a sa source à 2 ou 3 kilomètres au sud-ouest de celle de I'Yonne, au versant méridional du Mont Preneley, à 3 kilomètres est sud-est de Villapourçon. Elle baigne Vandenesse. Dragne, Guignon, Garat, Veynon, ces quatre petites rivières sont remarquablement parallèles : elles commencent par couler vers le nord-ouest, puis tournent brusquement au sud ou au sud-ouest ; - la Canne (41 kilomètres), qui sort des bois de Saint-Saulge ; grossie du Tremboulin, elle a son embouchure à Cercy-Ia-Tour ; - l'Alène ou Halène, dont l'embouchure est également à Cercy-la-Tour, un peu en aval de la Canne ; c'est le plus long et le plus abondant des tributaires de l' Aron : elle est suivie, de sa source, ou à peu près, jusqu'à son confluent, par le chemin de fer d'Étang à Cercy-Ia-Tour. Longue de 45 kilomètres, elle passe à Luzy, et laisse à droite Sémelay, à gauche Fours. Elle reçoit la Roche ou Séglise (20 kilomètres), qui descend du Mont Beuvray, et passe à Larochemillay ; - l'Andarge, qui est longue de 22 kilomètres ; elle a pour affluent le Baraton (15 kilomètres).
L'Acolin, tributaire de gauche, est une rivière peu abondante qui vient du département de l'Allier, où elle baigne Chevagnes. Dans la Nièvre, où elle a 24 kilomètres à peine (sur un cours total d'environ 50), elle reçoit l'Ozon (30 kilomètres), qui passe à Lucenay-lès-Aix, et l'Abron (32 kilomètres), tous deux venant du département de l'Allier. L'Abron a pour affluent la Dornette (16 kilomètres), qui vient de Dornes. L'Acolin a son embouchure près d'Avril-sur-Loire.
La Colâtre, aussi affluent de gauche, réunit les eaux d'étangs qu'ombrage la forêt du Perray ; elle traverse les communes d'Azy-Ie-Vif, Luthenay et Cheveron, reçoit le Lichen, qui déverse aussi des étangs, et tombe dans la Loire presque en face d'Imphy , après un cours de 28 kilomètres.
L'Ixeure, qui est un tributaire de droite, a son embouchure entre le Bourget et les forges d'Imphy. Née dans les bois qui recouvrent les plus hautes collines (452 mètres) de la région occidentale du département, elle passe à Bona, puis près de Saint-Benin-d'Azy et à la Fermeté. Son cours n'atteint que 23 kilomètres.
La Nièvre, qui, bien que peu considérable, a donné son nom au département, est un affluent de droite qui a son embouchure au pied de la colline de Nevers, en amont du pont de la Loire. Son cours est de 48 kilomètres. Elle prend sa source dans le bourg de Champlemy, près de la route et du chemin de fer de Nevers à Clamecy, à une altitude de 250 mètres environ, dans le parc d'un château à tourelles du seizième siècle ; Elle coule en moyenne dans la direction du sud sud-ouest, dans un vallon de prairies presque continuellement bordé de forêts. Descendant de moulin en moulin, elle atteint Guérigny où elle reçoit la Nièvre de Prémery, fait mouvoir les importantes forges de la Chaussade ; passe, à l'entrée de Nevers, près de la nouvelle école des Arts et Métiers, qui occupe l'emplacement de l'ancienne fonderie, et se jette dans la Loire. En somme, cette petite rivière, qui doit des sources abondantes aux terrains calcaires qu'elle parcourt, est un cours d'eau très utile. Son maître affluent, la Nièvre de Prémery (25 kilomètres), naît dans les bois, à 3 kilomètres au nord-ouest de Saint-Saulge, se grossit de la Grenotte et de la Nièvre d'Arzembouy, baigne Prémery, et, de cette ville à son confluent avec la grande Nièvre, prête son vallon au chemin de fer de Clamecy à Nevers.
L'Allier, tributaire de gauche, est une des plus grandes rivières de la France, en même temps que l'affluent le plus long et en moyenne le plus abondant de la Loire. Son cours est de 410 kilomètres, dans un bassin de 1.443.580 hectares ; mais 40 kilomètres seulement appartiennent à la Nièvre, et par une seule rive, la rive droite (la rive gauche appartenant à l'Allier, puis au Cher). Il prend sa source à 1.423 mètres, dans la Lozère, coule vers le nord, plus ou moins parallèlement à la Loire, dont il est séparé par la chaîne des monts du Velay, du Forez et de la Madeleine, et traverse ou longe six départements : la Lozère, la Haute-Loire, le Puy-de-Dôme, l'Allier, la Nièvre et le Cher. Il baigne Brioude, Issoire, diverses villes de la Limagne d'Auvergne, Vichy et Moulins. Dans son cours inférieur, c'est une rivière peu profonde, ayant de 200 à 500 mètres de largeur, et quand il rencontre la Loire, à 7 kilomètres en aval de Nevers, au Bec-d'Allier, par 172 mètres d'altitude, il serait difficile de décider quel est le plus considérable des deux cours d'eau. Il impose sa direction propre à la Loire, et lui apporte, en moyenne, 100 mètres cubes d'eau par seconde (I'étiage serait de 12 mètres cubes, mais ces chiffres ne sont pas définitifs). Certains calculs donneraient une grande prépondérance à la Loire, dont le cours l'emporterait de 20 kilomètres, le bassin de 350.000 hectares et le débit moyen de 60 mètres cubes par seconde. L'AlIier ne baigne aucune ville dans le département de la Nièvre ; il laisse à 6 kilomètres à droite Saint-Pierre-Ie-Moûlier. A 3 kilomètres en amont du confluent, il passe sous un beau pont du chemin de fer de Nevers à Bourges (entre la station de Saincaize et celle du Guétin), et, à 1.200 ou 1.500 mètres plus bas, sous le célèbre pont-aqueduc du Guétin, qui porte d'une rive à l'autre le canal latéral de la Loire, et le relie au canal du Berry (500 mètres de longueur, 18 arches).