"A la tsarine"
(Extrait)

En l'honneur de la visite que le Tsar Nicolas II et l’impératrice Alexandra effectuèrent en France du 18 au 21 septembre 1901, Edmond Rostand écrivit un poème de 300 vers, "A la tsarine", qui fut dit par Mlle Barlet sur la scène du Chateau de Compiègne le 20 septembre au soir.

(...)
Tout ici, ce soir, est pour Vous
- Musique, fleurs, chants, comédie -
Plus que pour votre Auguste Epoux :
Et comme à chacun l'on dédie
Le cadre le mieux adapté
A son genre de Majesté,
Canons, flotte, escadrons, escadre,
Le cadre à l’Empereur offert
Est fait de bois sombre et de fer,
Mais l’Impératrice, on l’encadre
D’un cadre d’or et de bois clair.

Madame, ce soir, à Compiègne,
C’est Votre Majesté qui règne.

Compiègne est sans dessus-dessous ;
Les meubles de Jacob sont fous ;
Les Gobelins ont de le joie
Dans tous leurs petits yeux de soie ;
De haut en bas du vieux château
Pris d’une fièvre adoratrice,
On n’entend partout que ce mot :
"Impératrice !... Impératrice !..."
Les marbres sur leurs piédestaux,
Les larges lustres de Bohême
En faisant tinter leurs cristaux
Comme les rimes d’un poème,
Les acajous impériaux,
Se répètent avec délice :
"Nous avons une Impératrice !"
Un ancien tapis d’Aubusson
Sur un air de vieille chanson
Fredonne : « Rien qu’à la façon
Dont je sens, sur moi, qu’elle glisse,
"Oh ! Oh ! c’est une Impératrice !"
Et le plafond qui demandait,
A tous les meubles à la ronde,
A tous les satins qu’on tendait :
"Vous, savez-vous comme Elle est ?"
Le vieux plafond de Girodet
Ajoute, affolé par un jet
D’électricité qui l’inonde :
"Et cette Impératrice est blonde !"

La Psyché même dont le tain
Semble fait d’un regret hautain,
Sortant de son rêve lointain
Dit des choses admiratrices ;
Elle reprend son air penché...
Et, Madame, cette Psyché
S’y connaît en Impératrices !
(...)
Edmond Rostand - 1901

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