François Rousseau, inventeur de la cire d'Espagne

CIRE D’ESPAGNE. La cire connue aujourd'hui sous le nom de cire d’Espagne a été inventée, sous le règne de Louis XIII, par un sieur Rousseau. Cette cire à cacheter se compose de gomme laque, de poix-résine, de craie et de cinabre. Ou dit que l’inventeur, qui a fait une belle fortune avec cette cire, en avait connu la composition aux Indes orientales, où il avait voyagé.
La belle couleur rouge et la solidité de cette cire l’avaient fait rechercher de la cour et de la ville. Elle avait un avantage qu’on ne retrouve guère aujourd’hui : c’était de ne pas céder, comme nos cires actuelles, à un léger degré de chaleur. Elle pouvait résister à une assez forte pression et par là protéger l'empreinte des cachets qu’on y avait appliqués. La cire d’Espagne servait particulièrement à sceller les certificats, les lettres missives et beaucoup d’écritures privées.
Alphonse Antoine Louis Chassant, Pierre Jean Delbarre
Dictionnaire de sigillographie pratique - 1860

BULLETIN DE LA SOCIETE DES SCIENCES HISTORIQUES ET NATURELLES DE L'YONNE - 1850 (extrait)

(...) Mais ce qu’il y a de plus curieux dans les rares documents que le XVII ème siècle nous a fournis sur Coulange, c’est, sans aucun doute, la vie quelque peu énigmatique, d’un certain personnage auquel ce pays aurait donné naissance et qui s’appelait François Rousseau. Cet homme, d'un caractère hardi et entreprenant, si nous en croyons l'histoire, aurait quitté Coulange fort jeune et serait allé bien loin chercher fortune et aventures. En effet, il commença par voyager longtemps en Perse et dans les Indes orientales ; puis avec sa pacotille, il revint à Paris ouvrir une boutique sous ces vieilles galeries du Palais de Justice où les chalands et les plaideurs se disputaient l’air et l’espace. Mais il y était à peine installé lorsque s’alluma le fameux incendie de la grand’salle, par suite duquel il se vit réduit à la mendicité, lui, sa femme et ses cinq enfants. Ce coup terrible ne l’abattit pas ; mettant à profit ses souvenirs de voyage, il s’avisa de fabriquer de la cire à cacheter, semblable à celle qu’il avait vu préparer aux Indes, et en montra des échantillons à Mme la duchesse de Longueviile. Celle dame voulant donner la vogue à l'invention de Rousseau, eut l’ingénieuse charité de la faire connaître à Louis XIII et à toute la cour. Alors il s’en fût un tel débit, dit Pomey dans son Histoire des Drogues, qu’en moins d'un an l'inventeur gagna plus de 50.000 livres. Rousseau donna à sa composition le nom de cire d'Espagne, pour la distinguer de la gomme laque dont on se servait auparavant et qu’on appelait cochenille. Puis, voici qu’entraîné de nouveau par l'amour des voyages il s’embarque pour Saint-Domingue. Là, il fait une nouvelle découverte, celle de la cochenille mestach. Aussitôt il en écrit à M. Pomey ; il lui affirme que celte cochenille est la graine d’une plante, et cette plante, il la décrit, et il promet de l'envoyer. M. Pomey, que ce fait intéressait d’autant plus que certaines gens lui disaient que la précieuse teinture provenait d’un insecte et non pas d’une graine, recueillit, examina, pesa les raisons pour et contre, et enfin donna gain de cause au marchand de Saint-Domingue, dont il inséra 1a lettre dans son beau Traité des Drogues. Inde iræ... Le révérend P. Plumier, qui tenait pour l’insecte, fit paraître dans le Journal des Savants de 1694 une longue lettre dans laquelle, après avoir appuyé son opinion sur des citations anciennes et modernes, il ajoute : "... Je me dispose pour un troisième voyage à l'isle Saint-Domingue, je promets que je ne m'en retournerai pas que je n’aye bien examiné l’affaire par ma propre expérience, dont j'informerai avec sincérité le public, un peu mieux que le sieur Rousseau, qui, nous ayant promis la plante de la cochenille depuis quatre ans, n’en a pourtant encore rien exécuté".
Nous ignorons et l’issue de la querelle, et la fin des aventures du célèbre marchand. Nous devons dire toutefois qu'un autre savant, le P. Labat, prétend avoir fait sa rencontre à La Rochelle en l’année 1708. Mais que l'inventeur de la cire à cacheter devait être vieux alors! Car récapitulons : Pomey lui donne cinq enfants à l'époque de l’incendie du Palais, et cet incendie éclata dans la nuit du 5 au 6 mars 1618 ; le P. Plumier l’envoie à Saint Domingue en 1694, et le P. Labat le trouve encore à La Rochelle en 1708. A cette dernière époque Rousseau devait donc avoir, tout bien compté, beaucoup plus de cent ans ! Pour ses biographes cette longévité est quelque peu embarrassante. Aussi à moins de dire que les savants ont confondu François Rousseau avec ses ancêtres, ses descendants ou ses homonymes, il faut se contenter d’émettre l'objection, comme l'a fait l’auteur de la Bibliothèque de Bourgogne, et ne pas essayer de la résoudre. (...)

Hippolyte Rivière

Retour