Au secours ! Je suis perdu !
Les 37.800 vipères de Dannemoine

Destruction des vipères - Il a été inscrit au budget départemental de 1920, chapitre 19, article 12, un crédit de 2.500 francs pour primes aux destructeurs de vipères.
               D'après les renseignements centralisés dans mes bureaux, la dépense totale pour 1920 s'est élevée à 13.757 francs 50.
               Sur cette somme, acquittée par les communes, le département est tenu de rembourser les quatre cinquièmes, soit 11.006 francs.
413 francs seulement ont été mandatés aux communes sur le crédit ordinaire de 2.500 francs, et l'excédent est tombé clans les fonds libres à la clôture de l'exercice.
               L'insuffisance actuelle est donc de 11.006 - 413 = 10.593 francs L'augmentation considérable du nombre de reptiles détruits provient du fait du passage dans l'Yonne de spécialistes de la destruction des vipères, les frères Terrier, qui ont plus particulièrement opéré dans les communes de Serrigny (9.249 vipères détruites), Vaux (5.487) et Dannemoine (37.801).
               J'ai fait procéder à une enquête dans chacune de ces communes afin de me permettre de constater que la vérification nécessaire avait bien été effectuée. Il résulte des certificats produits, joints au dossier, que les prescriptions imposées par l'arrêté du 1 Février 1898 ont bien été observées.
               Dans ces conditions, j'estime qu'il y a lieu de rembourser aux communes intéressées la part à laquelle elles ont droit, et je vous demande de bien vouloir inscrire au budget additionnel de 1921 le crédit nécessaire, soit 10.593 francs.
               Voici, par arrondissement, le nombre de vipères détruites en 1920 :
Auxerre
Joigny
Tonnerre
Total
6.420
2
48.608
55.030
Rapports et délibérations - Département de l'Yonne, Conseil général – Mai 1921

Destruction des vipères - A votre dernière session, je vous informais que par suite des révélations faites dans certaines communes du département aux magistrats instructeurs, une information judiciaire avait été ouverte contre les frères Terrier, relativement à leurs procédés de destruction des vipères ; j'ajoutais qu'il convenait d'attendre les résultats de cette information avant de régler la question, car elle pourrait fournir d'intéressants renseignements à l'égard des communes de Dannemoine, Serrigny et Vaux qui ont demandé le remboursement des quatre cinquièmes des primes payées aux frères Terrier.
               Cette affaire a eu, ainsi que vous le savez, son épilogue au Tribunal correctionnel de Tonnerre qui, dans son audience du 4 février dernier, a reconnu les frères Terrier coupables d'escroqueries dans les communes de Dannemoine, Serrigny et diverses autres localités du Tonnerrois et condamné ceux ci à deux ans de prison, peine réduite à dix-huit mois par la Cour d'Appel de Paris.
               Vous estimerez sans doute qu'il n'y a pas lieu de rembourser à ces communes les sommes réclamées.
               En ce qui concerne Vaux, j'avais cru, étant donné la connexité des faits, que l'instruction porterait également sur les destructions opérées dans cette commune. M. le Juge d'Instruction de Tonnerre m'ayant fait connaître que ces faits échappaient à la juridiction du Parquet de Tonnerre, j'en ai saisi M. le Procureur de la République d'Auxerre.
               Je vous demande donc de réserver votre décision jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait statué sur cette affaire.
Rapports et délibérations - Département de l'Yonne, Conseil général – Avril 1922

Les "exploits" d'un chasseur de vipères - Auxerre, 21 août - En mai 1920, débarquaient dans l'Yonne, précédés d'une réputation bruyante, deux émérites chasseurs et tueurs de vipères, les frères Louis et Jules Terrier. Ou apprit bientôt que les deux hommes avaient fait une véritable hécatombe de vipères dans les buis et champs du Tonnerrois, tuant quotidiennement de 800 à 1.200 de ces dangereux animaux.
               Comme une prime est allouée pour chaque tête de vipère tuée, les frères Terrier touchèrent chez les percepteurs des sommes fort coquettes. Le rapport présenté au Conseil général de l'Yonne indiqua, pour l'année 1920 que 48.608 vipères avaient été tuées en quatre mois dans le seul arrondissement de Tonnerre Les frères Terrier opéraient également dans les autres arrondissements du département.
               Or, le parquet de Tonnerre, à la suite d'une enquête délicate, vient d'ouvrir une instruction pour escroquerie dans laquelle ne sont compromis jusqu'ici que Jules Terrier et deux gardes champêtres.
               Des témoignages précis ont établi que la fameux chasseur de vipères, an cours de ses randonnées, ne tuait jamais plus d'une ou deux de ces bêtes venimeuses, Mais, grâce à des pourboires ̃ offerts et remis aux gardes champêtres et même a quelques conseillers municipaux des communes où il organisait ses chasses le fameux nemrod se faisait délivrer des certificats attestant qu'il avait pris et massacré des centaines, voire plusieurs milliers de serpents.
L'Ouest-Éclair 22 août 1921

L'escroquerie a la prime de destruction des vipères - Les frères Terrier sont condamnés. Le tribunal correctionnel de Tonnerre a infligé deux ans de prison aux frères Alexandre et Louis Terrier, originaires d'Arbois (Jura) auteurs d'escroqueries répétées depuis deux années dans cet arrondissement et commises dans des circonstances que le Matin a déjà relatées.
               Trouvant de sûrs complices en la personne de gardes champêtres peu scrupuleux sur le devoir professionnel, les frères Terrier se faisaient délivrer des attestations relatives à la destruction des vipères et empochaient les primes payées par les communes.
               C'est ainsi qu'au cours de 1920 et 1921, les inculpés ont émargé pour 69.000 primes, alors que, dans la réalité, ils n'ont pas détruit 300 vipères. La complicité des gardes permettait aux Terrier la plus haute fantaisie. Dans la commune de Roffey, après une pseudo-chasse d'une heure, ils revendiquèrent la prise de 854 reptiles soit 13 à la minute, et le percepteur paya. Deux des gardes, complices des Terrier, ont été condamnés à 3 mois de prison chacun et deux autres à 4 mois, mais ces derniers avec sursis.
Le Matin - 21 août 1921

Une hécatombe de vipères - En mai 1920, débarquaient dans l’Yonne, précédés d'une réputation bruyante, deux émérites chasseurs et tueurs de vipères, les frères Louis et Jules Terrier. On apprit bientôt que les deux hommes avaient fait une véritable hécatombe de vipères dans les bois et champs du Tonnerrois, tuant quotidiennement de 800 à 1.200 de ces dangereux animaux.
               Comme une prime est allouée pour chaque tête de vipère tuée, les frères Terrier touchèrent chez les percepteurs des sommes fort coquettes. Le rapport présenté au Conseil général de l'Yonne indiqua, pour l'année 1920, que 48.608 vipères avaient été tuées en quatre mois dans le seule arrondissement du département.
               Or, le parquet de Tonnerre, à la suite d'une enquête délicate, vient d'ouvrir une instruction pour escroquerie dans laquelle ne sont compromis jusqu'ici que Jules Terrier et deux gardes champêtres.
               Des témoignages précis ont établi que le fameux chasseur de vipères, au cours de ses randonnées, ne tuait jamais plus d'une ou deux de ces bêtes venimeuses.
               Mais, grâce à des "pourboires" offerts et remis aux gardes champêtres et même à quelques conseillers municipaux des communes où il organisait ses "chasses" le fameux nemrod se faisait délivrer des certificats attestant qu'il avait pris et massacré des centaines, voire plusieurs milliers de serpents.
               Et voilà lecteurs comme quoi tous le monde se trouve trompé.
Le Courrier briard - Octobre 1921

Les tueurs de vipères - Deux vrais héros de Gustave Aymard, et qu'on verrait très bien poursuivant les Peaux-Rouges sur le sentier de la guerre.
               A dire vrai, ce ne sont point Comanches ou Pawnies que chassaient nos deux trappeurs, mais un ennemi autrement plus redoutable, hôte sinistre de nos bois, je veux dire les vipères. Donc, Frédéric et Jules Terrier faisaient aux dits reptiles une guerre si acharnée, et si victorieuse que bientôt ils ne furent plus connus que sous le nom de « tueurs de vipères ». Pensez donc ! En 1920, rien que dans le département de l'Yonne, ils en abattaient 48.608 ! En 1921 dans quelques communes seulement, 20,707 !
               Or, chacun sait que chaque tête de vipère rapporte une prime de 0 francs 25. Si bien qu'en 1920, les frères Terrier touchèrent 12,036 francs de prime, et, en 1921, 5,233 francs.
               C'était coquet ! C'était même trop coquet, et c'est ce qui les perdit.
Bien entendu, nos chasseurs ne montraient point leurs victimes. Ils les apportaient dans des vases clos, et si d'aventure on s'en voulait approcher "Prenez garde, s'écriaient-ils, elles sont encore vivantes". Vous pensez que les autorités préféraient inscrire, sans vérifier.
               Seulement, le conseil génial de l'Yonne s'émut un beau jour des sommes formidables versées par certaines communes une enquête fut ouverte et révéla, hélas que les milliers et milliers de vipères abattues frétillaient encore bien tranquillement dans les buissons.
               Cette petite aventure valut aux deux frères deux ans de prison devant le tribunal de Tonnerre. Mais, tout de même, ils avaient fait nombre de victimes aussi bien, sur plaidoirie de Me Corderoy du Tiers et un généreux réquisitoire de M. l'avocat général Godefroy, la cour d'appel a-telle, hier, réduit la peine à dix-huit.
Le Gaulois - 22 mars 1922

Une histoire de vipères - En 1920, deux chasseurs de vipères, les frères Jules et Frédéric Terrier, opérant dans l'arrondissement de Tonnerre, firent, ou du moins prétendent avoir fait une telle hécatombe de reptiles que le conseil général ayant à voter les crédits pour récompenser les intrépides chasseurs en fut quelque peu estomaqué : 69.335 vipères à 0 fr. 25 par tête, cela faisait en effet une assez jolie somme ! La seule commune de Dannemoine avait fourni 36.000 pièces au tableau !
               Sceptique, un conseiller réclama une enquête. On sut que les Terrier avaient beaucoup exagéré le nombre de leurs victimes.
               Le tribunal d'Auxerre les condamna pour escroquerie chacun à deux ans de prison. La Cour de Paris a réduit hier la peine à dix-huit mois.
La Lanterne - 22 mars 1922

A l'instar des chasseurs de casquettes - Vous vous souvenez de ce délicieux Tartarin qu'enfanta le père de Pantoufléon un jour d'humour et d'ironie.
               Le héros de Tarascon, n'ayant point, de bêtes à plumes ou à poil à mettre au bout de sou fusil, chasse la casquette. Il se prépare ainsi à tuer le lion.
               Les frères Jules et Louis Terrier se sont inspirés de cette galéjade. Mieux, ils ont tiré profit de leur plaisanterie.
               Tous deux se donnent comme d'intrépides destructeurs de vipères. Un arrêté préfectoral d'avril 1913 promettait, dans le département de l'Yonne une prime de 0,25 francs à qui montrerait les dépouilles d'un de ces perfides reptiles.
               En 1920, nos deux chasseurs déclarent avoir tué 48.608 vipères dans l'arrondissement de Tonnerre, dont 37.801 rien que dans la commune de Dannemoine où le nombre des serpents parait ainsi dépasser celui des femmes.
               En 1921, ils accusent 20.727 victoires sur l'ennemi héréditaire, à Lézinnes, Ancy-le-Libre, Argentenay, Ruffey et Molesmes.
               Ils reçurent ainsi 12.035 francs en 1920 et 5.233 francs en 1921.
Mais le nombre de leurs victimes parut exagéré. On s'aperçut que certains gardes- champêtres étaient complices de nos deux gaillards et qu'ils avaient réussi à faire avaler à certains maires, notamment à celui de Molesmes, des couleuvres pour des vipères.
               Une femelle comptait pour dix, etc.
               Le tribunal de Tonnerre avait condamné les frères Terrier, chacun à deux ans de prison. La Cour de Paris, après plaidoirie de Me Corderoy-Duffer a réduit la peine à 18 mois.
Le Populaire de Paris - 22 mars 1922

Les chasseurs de vipères - Balzac, qui, dans les Paysans, nous montre un Tourangeau madré faisant chasser à un Parisien une loutre imaginaire, eût aimé les frères Terrier, paysans finauds et, chasseurs de vipères, qui, ne tuant guère de serpents, avaient trouvé le moyen de se faire des rentes avec leurs tableaux de chasse. Ils étaient originaires d'Arbois, dans le Jura leur père, chasseur de vipères, leur avait enseigné le métier. Un jour, quittant, leur pays, ils étaient venus s'installer dans l'Yonne, près de Tonnerre, où, paraît-il, les vipères sont nombreuses. Les communes, en effet, paient une prime, que rembourse le département, à celui qui apporte une tête de vipère. Cette prime a varié jadis, on payait le serpent à la longueur 25 centimes pour un serpent de 30 centimètres, 15 centimes au-dessous. Puis, on payait suivant le sexe 25 centimes pour une vipère femelle, 15 centimes pour un mâle. Aujourd'hui, c'est 25 centimes sans différence de sexe.
Or, depuis que les frères Terrier opéraient dans l'Yonne, jamais on n'y avait vu tant de vipères. C'est par milliers qu'ils annonçaient à la mairie leurs victimes. Et on payait. Rarement, il est vrai, ils montraient les cadavres ; « Nous les avons enterrés », disaient-ils. Mais le garde champêtre certifiait que les frères Terrier tuaient des milliers de serpents.
               Cette recrudescence de reptiles émut la population. Un reporter de l'Echo Bourguignon voulut assister à une chasse. Il n'eut pas de chance ce jour-là, les frères Terrier ne tuèrent que deux serpents. Le maire de la commune de Dannemoine, lui aussi, voulut se rendre compte. Mais le temps est mauvais, disaient les chasseurs de vipères. Le serpent ne rend pas. Mais le lendemain, dans les villages de Lézines ou de Roffey, les frères Terrier déclaraient un nombre énorme de victimes. On payait on payait toujours. En deux ans, les chasseurs de vipères touchèrent 17.268 francs, ce qui, à cinq sous le serpent, représente un nombre énorme de vipères. Si bien que le Conseil général de l'Yonne s'émut on n'avait plus de crédits, plus de fonds pour payer les chasseurs de vipères. On fit une enquête et l'on apprit que les chasseurs étaient des escrocs.
               Leur procédé variait tout, d'abord, ils faisaient payer des vipères qu'ils ne tuaient pas. Puis, quand ils avaient tué une femelle, ils la comptaient pour onze serpents parce qu'elle avait dix petits dans le ventre. Aux mairies, ils présentaient des couleuvres qu'on leur payait bel et bien comme des vipères. Si quelqu'un les appelait pour tuer une vipère qui venait dans son jardin, ils la tuaient mais en remettaient cinq ou six dans les plates-bandes.
               Tous deux sont des repris de justice qui ont quelques condamnations. Le tribunal de Tonnerre les a condamnés à deux ans de prison. Et la Chambre des appels correctionnels vient de confirmer la sentence.
Le Figaro - Georges Claretie - 22 mars 1922

Il existe tout de même de drôles de gens - (...) Contentons-nous du présent. On n'a vraiment que l'embarras du choix. Il n'y a pas si longtemps que deux confrères, les frères Terrier, comparaissaient devant le tribunal de Tonnerre. Ces chasseurs de vipères (il n'y a pas de sot métier !), avaient magistralement roulé une quinzaine de maires intègres, sans oublier l'autorité préfectorale, pour toucher la forte somme méritée pour la destruction d'un nombre fabuleux de serpents venimeux. Forts de la complicité tarifée de quelques gardes champêtres, insuffisamment rémunérés, les frères Terrier assurèrent avoir détruit, dans le seul département de l'Yonne, et en moins de deux ans, le chiffre coquet de (tenez-vous bien !) 60.000 vipères. A vingt-cinq centimes l'une, cela fait toujours 1.250 francs !
               Les statistiques des frères Terrier, fort bien tenues, signalent la capture de 37.808 vipères dans la seule commune de Dannemoine, de 12.189 reptiles à Coudes, de 8.177 à Poulagny. de 824 à Roffey, après une chasse de deux heures, soit 13 à la minute, etc.
               Détail savoureux enthousiasmés par cette philanthropique activité révélée par les rapports des gardes champêtres trop intéressés à la multiplication des vipères, les maires calligraphiaient des certificats qui permettaient, aux chasseurs de surprendre la confiance de nouvelles dupes. Mais tant va la cruche à l'eau ! Sidéré par cette impressionnante cadence de 13 vipères à la minute, un fonctionnaire eut la curiosité d'examiner la chose d'un peu près, et le pot aux roses, si l'on peut ainsi parler, fut découvert. On ne s'embêta pas devant le tribunal. Les débats révélèrent la mort effective de 300 vipères, ce qui n'était déjà pas mal. Pour le surplus, les frères Terrier obtinrent deux ans de prison et les gardes champêtres trop complaisants trois mois.
               Cette histoire ne mérite-t-elle pas de passer à la postérité ? (...)
Floréal - 4 août 1923

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