Au secours ! Je suis perdu !
CHEMIN DE FER DE LA VALLEE DU SEREIN
DOCUMENTS
Etablissant la nécessité de la création d'une Gare à Héry.

Extrait du Registre des Délibérations du Conseil municipal de la commune d'Héry.

L'an mil huit cent quatre-vingt-cinq, le vingt-deux février, le Conseil municipal de la commune d'Héry s'est réuni extraordinairement dans la salle de la mairie sous la présidence du Maire, M. le Préfet ayant été prévenu de cette réunion.
Étaient présents : MM. Lemasson Etienne, Gautherin François, Cornu, gendre Rollet, Chancy Elie, Paulvé Jules, Cornu Omer, Perrignon Ulysse, Rousseau Ferdinand, Motheré Louis-Adonis, Fournier Médéric, Petitjean Auguste, Louat, gendre Paulvé, Loiseau Jules, Joussot François, Motheré Ernest, adjoint, et Moreau, maire.
M. le Maire déclare la séance ouverte, puis il fait l'exposé suivant:
Dans le chemin de fer projeté de la vallée du Serein, une halte doit être établie à Héry.
La concession faite à cette commune, riche et populeuse, est-elle suffisante ? Assurément non.
D'après une notice jointe au dossier, la population desservie par une simple halte - Héry et Rouvray compris - est de 1.866 habitants, tandis qu'il est des groupes bien moins importants dotés d'une gare.
Si l'on admet qu'Héry possède une gare, on verra s'y rendre par des chemins d'une grande facilité, d'une pente très douce ou nulle, la population de Montigny, Villeneuve-Saint-Salves, Sougères-sur-Sinotte et Rebourseaux, et celle de la partie Est d'Hauterive.
3.000 habitants au moins seront desservis par la gare d'Héry; elle occupera le second rang après celle de l'Isle-sur-Serein.
Mais c'est surtout au point de vue du trafic que la gare d'Héry sera florissante. Cette commune, en effet, est entourée d'un territoire d'une merveilleuse fécondité, produisant en abondance des céréales, des foins, des fourrages artificiels, des bois, des oseraies, des asperges, et surtout une quantité considérable de pommes de terre.
En outre, à Héry, il y a deux tuileries d'une grande importance, deux moulins à blanc, une scierie hydraulique ; toutes ces usines prendront assurément de l'extension, si elles peuvent, par voie ferrée, écouler plus facilement leurs produits.
Il est présumable, pour ne pas dire certain, que d'autres usines pourront se créer ; qu'eu égard à la quantité des prairies naturelles situées sur le territoire, et à la crise agricole qui sévit aujourd'hui, l'élève du bétail prendra de plus en plus de faveur et augmentera notablement le transit.
De plus la commune d'Héry, si riche en produits agricoles et dépourvue de matériaux, soit pour construire les maisons, soit même pour entretenir les chemins sillonnant son territoire, si elle est dotée d'une gare, si les pierres, ciments, etc. sont rendus sur place, elle les fera venir des lieux de production, sis à proximité de la ligne ; sinon, elle continuera à s'approvisionner comme par le passé.
D'après une statistique faite le 27 février 1881, la commission chargée de ce travail a déterminé qu'une gare établie à Héry pourra expédier 4.000 tonnes environ.
En fixant ce chiffre, cette commission est restée au-dessous de la vérité ; elle aurait pu, sans crainte d'être taxée d'exagération, porter ce chiffre à 5.500 tonnes, sans y comprendre encore les marchandises des communes voisines citées plus haut.
Quant aux arrivages, la commission donne le chiffre de 4.000 tonnes ; ce nombre n'a rien d'exagéré.
Il y a donc lieu de conclure qu'une gare fondée au centre d'Héry sera très prospère tant au point de vue des voyageurs qu'à celui des marchandises.
Mais il ne faudrait pas croire que la gare de Seignelay pût remplacer celle d'Héry et donner satisfaction aux habitants de cette localité. Non, les voituriers, au lieu de se rendre à Seignelay, iront à la gare de Chemilly, aimant mieux faire deux ou trois kilomètres en plus, pour éviter un transbordement coûteux à Laroche. Ils ne feront, dans tous les cas, pas plus de voyages pour aller à Seignelay que pour aller à Chemilly, c'est-à-dire un voyage par matinée, ou par soirée, ou deux par journée.
Les voyageurs qui se feront conduire avec des bagages préfèreront, eux aussi, se rendre à Chemilly qu'à Seignelay car ils n'auront affaire qu'à la compagnie de Paris-Lyon- Méditerranée.
Enfin, M. le Maire invite le Conseil municipal à vouloir bien en délibérer.

Le Conseil,

Vu le dossier relatif au chemin de fer de la vallée du Serein ;
Ouï l'exposé de M. Le Maire et toutes les raisons qui militent en fureur de l'établissement d'une gare ;
Considérant que les habitants y gagneront et que par le fait la Compagnie y trouvera de sérieux avantages ;
Considérant que la Commune d'Héry est très obérée par suite de la construction d'une rnaison d'école de garçons et d'un pont sur le Serein ;
Considérant qu'elle est sur le point de faire édifier une école de filles, une école enfantine et une école mixte au hameau des Baudières ;
Vote toutefois une somme de 700 francs par année, pendant cinquante ans, à la condition expresse qu'une gare, au lieu d'une halte, soit établie à Héry sur le chemin de fer de la vallée du Serein, le plus près possible du chemin de la Barbottière, point le plus central de ladite commune.

Fait et délibéré à Héry, les jour, mois et an que dessus.
Et ont signé au registre tous les membres présent.

A Monsieur le Préfet, Messieurs les Ingénieurs et Membres de la Commission d'enquête
du Chemin de fer de la Vallée du Serein.

MESSIEURS,
Les soussignés, chefs de famille habitant Héry, ont l'honneur de vous exposer que d'après le tableaux indiquant l'agglomération des populations desservies par les stations et par les haltes projetées sur le chemin de fer de la vallée du Serein, la halte d'Héry rassemblera 1.866 habitants - Rouvray compris - et par conséquent occupera le troisième rang par son agglomération. Mais en outre tous les habitants de la partie Est d'Hauterive, plus ceux du hameau des Chevaliers viendront à Héry, et ceux de Montigny, Villeneuve-Saint-Salves et Sougères, communes voisines, grâce à la facilité des chemins, la douceur des pentes, se rendront pour la plupart à une gare établie à Héry.
Ainsi la gare de l'Isle-sur-Serein réunirait seule plus d'habitants que celle d'Héry.
Considérant qu'il existe sur Héry plusieurs grandes usines, deux moulins travaillant pour le commerce, une scierie hydraulique, deux tuileries exportant une grande partie de leurs produits, notamment la tuilerie de Mme Mauvage, qui possède deux fourneaux à feu continu, chauffés à la houille, et que toutes ces usines fourniront il elles seules un tonnage important ; Considérant que le territoire, avec sa ceinture de forêts, par son étendue, sa fertilité, produit en plus de sa culture spéciale d'osiers, d'asperges et de cornichons, des céréales en abondance, des fourrages justement renommés, des pommes de terre, du bois, du charbon, etc. ; Considérant en outre qu'il est dans l'intérêt du département que toutes les marchandises qui se trouvent à portée de ce chemin de fer lui arrivent, afin de rendre moins onéreuse la garantie d'intérêts faite à la Compagnie ; si le projet de halte pour Héry est en effet maintenu, on n'hésitera pas à mener une grande partie de ces produits à Chemilly, c'est à dire à 2.500 mètres plus loin, afin d'éviter un transbordement à Laroche : ce qui aurait lieu en les menant à la gare de Seignelay, les expédiant sur Paris ; D'un autre côté la commune d'Héry est dépourvue de matériaux de construction et elle ne les fera venir, par voie ferrée, des lieux de production, pierres, ciments, etc., qu'autant qu'une gare sera établie à Héry même ; Si cette gare lui fait défaut, si les matériaux ne sont pas rendus sur les lieux, elle continuera à s'approvisionner comme par le passé ; Pour tous ces motifs, ils vous prient, Messieurs, d'établir une station à proximité du centre d'Héry, au lieu de la halte projetée. Et ils sont, avec respect, vos tout dévoués serviteurs.
Héry, 19 février 1885.
(Suivent trois cent quatre-vingt-dix signataires.)

ANALYSE DES DIRES

Produits à l'enquête qui a eu lieu à Héry, du 18 Février 1885 au 26 du même mois et de la même année inclusivement.
- Le vingt février mil huit cent quatre-vingt-cinq, se sont présentés MM. Girard Maximilien, ancien notaire ; Laurent Alfred, locataire de la scierie d'Héry ; Motheré Narcisse, maréchal ; Petit Laurent, ouvrier maréchal ; Roussel Nicolas, cultivateur ; Paulevé Célestin, cultivateur ; Prout Isidore, cultivateur ; Cornu Adelin, cultivateur ; Veuillotte Charles, vigneron, et Vernassier Isidore, propriétaire, tous domiciliés à Héry.
Ils ont fait valoir toutes les raisons qui militent en faveur de la création d'une gare à Héry et non pas d'une halte. Toutes ces raisons sont complétement identiques à celles que le Conseil municipal a données dans sa délibération en date du 22 février 1885, et à celles que tous les habitants ont fait valoir dans la pétition ci-dessus.
En terminant ils ajoutent :
Comme la commune d'Héry n'est pas agglomérée, qu'au contraire elle s'étend sur deux lignes représentant les deux côtés d'un triangle ; que l'endroit où la halte est projetée est situé à l'extrémité d'un des deux côtés, les soussignés prient Messieurs les membres de la Commission d'enquête de vouloir bien transfërer la station entre les kilomètres 12 et 13, c'est-à-dire au sommet du triangle, ou autrement dit au centre du village.
- Le 22 février 1885 s'est présentée Madame veuve Mauvage, propriétaire de la tuilerie de Rouvray qui, après avoir fait valoir les avantages d'une gare à Héry, s'est exprimée en ces termes :
J'ai reçu cette année, à Chemilly, trois cent soixante tonnes de houillle, venant de Blanzy par la ligne d'Autun à Cravant, je pourrais recevoir cette quantité à la gare d'Héry en empruntant la ligne d'Avallon à Nuits avec transbordement à L'Isle-sur-Serein.
Les voitures qui amènent ces charbons à mon usine ne peuvent faire, allant à Chemilly, que deux voyages par jour, si je recevais ces charbons à Héry, elles feraient facilement six voyages ; j'aurais donc un puissant intérêt à recevoir ainsi mes houilles. Si je les fais adresser à la gare de Seignelay, la distance sera plus courte assurément que pour les amener de Chemilly ; mais la différence ne sera pas assez grande pour permettre de faire un voyage de plus. Les voitures rentreront plus tôt sans qu'il y ait économie ; et en admettant qu'il y en ait une légère, elle ne compensera pas certainement les ennuis et les frais d'un transbordement : j'aurais donc toujours avantage à recevoir mes houilles à Chemilly.
Pour l'expédition de mes produits, je livre dans la vallée du Serein, qui s'étend au-delà de Maligny, trois à quatre cents tonnes, que je fais conduire par voitures directement chez les clients. J'aurais un avantage considérable à charger ces trois ou quatre cents tonnes à la gare d'Héry. Si je dois les fais conduire à la gare de Seignelay, pour remonter la vallée jusqu'à la gare désignée, où le client devra les faire prendre par des voitures, l'avantage n'existe plus, les frais de chargement l'ayant absorbé.
J'expédie dans l'autre direction, soit par Chemilly, soit par voitures. un chiffre de tonnes plus élevé. Si je charge sur wagons à Héry, mes clients de Joigny, Laroche, Brienon et environs, auront une économie réelle à recevoir par chemin de fer ; si on doit charger à Seignelay, la situation reste la même qu'aujourd'hui.
En résumé, je produis actuellernent environ trois mille tonnes, dont le tiers au moins partirait par Héry, ce qui, avec le charbon, ferait mille quatre cents tonnes pour ma seule usine. Et si les affaires sont facilitées par un plus grand débouché et l'économie des transports, les chiffres exacts que je viens de donner peuvent être facilement doublés.
Si je me suis aussi largement étendue sur ce qui m'est personnnel, c'est que les besoins des autres industries et de l'agriculture sont exactement les mêmes pour l'exploitation de leurs produits.
II serait facile de démontrer que la gare d'Héry serait la plus importante de toutes celles qui existent entre Chablis et Laroche.
- Le 22 février 1885, s'est présenté M. Renard Alfred, constructeur et marchand d'instruments agricole, demeurant à Héry, qui, constatant l'insuffisance d'une halte sur la commue d'Héry, prouvant l'importance d'Héry au point de vue agricole, commercial et industriel, invoquant des raisons déjà données plus haut, demande l'établissement d'une gare.
En outre il ajoute :
Dans la commune d'Héry se trouvent trois constructeurs et marchands d'instruments agricoles qui reçoivent et expédient, par le chemin de fer, un grand nombre de ces machines, et le fer et le charbon nécessaires à leur industrie.
- Le 24 février 1885, se sont présentés MM. Vinot Victor, limonadier ; Vinot Vincent-Alexandre, tisserand, et Deguy Gustave, cultivateur, qui ont déclaré faire un dire identique à celui de M. Renard Alfred, sus-analysé.
- Le 24 février 1885, s'est présenté M. Vocoret Paul, gendre Laforest, tonnelier, demeurant à Héry, qui a déclaré qu'une gare établie à Héry serait pour lui d'une très grande utilié recevant deux tonnes de merrain et de cercles et expédiant deux tonnes de feuillettes par an. Au contraire la gare de Seignelay ne lui servirait en rien.
- Les 24 et 25 février 1885, se sont présentés MM. Rufflé Jean-Marie et Lablais Auguste, rentiers et Dejust Victor, sabotier, tous trois demeurant à Héry, qui ont déclaré faire un dire identique à celui de MM. Girard, Laurent Alfred, Motheré Narcisse, etc.
- Le 25 février 1885, s'est présenté M. Mothré Ernest, adjoint. Il demande que la station soit placée en face le chemin n° 4, venant d'Héry, parce qu'à cet endroit la ligne ayant un parcours de 200 mètres à l'est et de 240 mètres à l'ouest sans rencontrer de chemins, la manoeuvre des trains peut s'y faire facilement ; que les 70 mètres qui séparent le tracé du chemin de Saint-Edme, permettent d'y établir à l'aise les bâtiments et une avenue de dégagement ; que ce point visé par la pétition signée par tous les chefs de famille, indiqué par la délibération prise à l'unanimité par le Conseil Municipal, est le plus central, le plus fréquenté et le plus facile à aborder.
- Le 25 février 1885, s'est présenté M. Décoin, rnenuisier, demeurant à Héry, qui a déclaré faire un dire identique à celui de M. Mothré, adjoint, sus-analysé.
- Le 25 février 1885, sont comparus MM. Chancy Alphonse, rentier, et Bouillat Célestin, cultivateur, tous deux domiciliés à Héry, lesquels nous ont déclaré faire un dire identique à celui de M. Mothré, adjoint, sus-analysé.
Par une délibération du 22 février 1885, le Conseil municipal de la commune de Sougères-sur-Sinotte demande également l'établissement d'une gare à Héry. Cette délibération est jointe au dossier de l'enquête.

POUR EXTRAIT CONFORME :

Le Maire d'Héry, S. MOREAU

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