On a lu dans tous les journaux le récit détaillé de ce drame effroyable :
deux jeunes valets de ferme massacrant
cinq personnes, à coups de hache et de revolver, avec une férocité inouïe, en blessant une sixième, qu'ils crurent
morte, puis, sans avoir eu le temps de commettre le vol projeté, prenant la fuite, par crainte d'être surpris, au
moment où ils se préparaient à faire quatre autres victimes.
L'Illustration, ses lecteurs le savent, n'a pas coutume de traiter de pareils sujets ; mais, cette fois, le nombre des victimes, les circonstances du crime, l'extrême jeunesse des assassins, tout justifie l'émotion générale que cette horrible tuerie a causée. Nos photographies montrent le lieu du carnage : la cour de la ferme de Jully, située en un hameau lointain de la basse Bourgogne, à 30 kilomètres de Tonnerre ; elles précisent les points où tombèrent successivement, tués par les deux vachers suisses Jacquiard et Vienny, le fermier Verrières ; sa femme, qui, avant d'expirer, trouva la force de gagner son lit ; la servante Marie Goguet, jetée dans le puits ; les domestiques Bonny et Rusconi. C'est encore le portrait du petit berger Imbert, qui, grièvement blessé, eut la présence d'esprit de faire le mort, courut ensuite donner l'alarme à une ferme voisine, et grâce auquel les quatre enfants des fermiers furent épargnés. Ce sont enfin les deux précoces bandits, Jacquiard, seize ans, Vienny, quatorze ans à peine, arrêtés après avoir erré toute une nuit. Ils sont comme perdus dans la foule présente à leur départ pour Tonnerre, et qui, malgré leurs aveux, à l'aspect de ces deux adolescents malingres, se demande avec stupeur si elle a bien réellement devant elle les brutes sauvages, auteurs de cinq assassinats. L’Illustration n° 3486 du 18 décembre 1909 |