Au secours ! Je suis perdu !
Théophile-François Duché

Théophile-François Duché
Fabricant de chales, juge suppléant au tribunal de commerce, chevalier de la légion d'honneur.

Manufacturier habile, doué d'un esprit actif et novateur, Théophile-François Duché a conquis une réputation méritée dans la fabrication du châle, cet article si essentiel de la toilette de cette plus belle moitié du genre humain. Né en 1807, à Leugny (Yonne), M. Duché vint de bonne heure à Paris. Connaissant bientôt les plus petits détails d'une vaste maison de commerce des étoffes, il y devint, en 1832, associé de M. Gratien Chambelland, position qu'il garda jusqu'en 1840.

C'est à cette époque que, résolu à se livrer spécialement à la belle fabrication du châle de cachemire, il jeta les fondements de la maison Duché et Cie, qui a depuis acquis une si grande importance sous son intelligente direction. Déjà, à l'Exposition de 1844, où ses produits recevaient la plus haute récompense décernée à son industrie, la médaille d'or, le jury constatant les efforts couronnés de succès de cet industriel, disait dans son rapport : "M. Duché a su donner une si vive impulsion à sa fabrication, que sa maison est aujourd'hui, dans son genre, la plus importante de Paris. C'est surtout en ramenant la fabrication à des réductions plus fines, à l'emploi des matières mieux choisies, qu'il a su relever la vente des beaux châles de cachemire ; c'est une justice que la fabrique tout entière se plaît à lui rendre".

Certes, on ne niera pas la valeur de cette appréciation en faveur de celui qui, se maintenant sur la même ligne, à l'Exposition de 1849, obtenait le rappel de la médaille d'or, et recevait du jury la consécration de son mérite par les lignes suivantes : "M. Duché aîné est un fabricant hors ligne, par l'étendue de ses affaires et ses grandes relations commerciales. Sa maison est la plus importante de la fabrique de Paris. Le chiffre de sa production s'élève depuis plusieurs années à l.200.000 francs. M. Duché a le grand mérite, à nos yeux, d'avoir toujours soutenu l'article riche, et de lui avoir souvent donné un élan extraordinaire. Il fabrique et vend journellement des châles qui atteignent les prix de 1,200 fr. en châles longs, et de 7 à 800 francs en carrés. Beaucoup de goût, beaucoup de hardiesse, un grand savoir-faire, une facilité étonnante à se créer des débouchés, voilà l'ensemble des qualités de cet industriel".

A l'Exposition universelle de Londres en 1851, il vit encore ses produits, vraiment remarquables, exciter l'enthousiasme de ses juges compétents, qui proclamèrent évidemment, en les jugeant dignes de la grande médaille, la suprématie de la France dans la fabrication des châles. Ceux de M. Duché réunissaient à la perfection de la matière, la beauté des teintes et l'originalité du dessin. A la suite de cette exposition, M. Duché reçut la croix de la Légion d'honneur des mains de S. A. I. le prince Louis-Napoléon, président de la République, lors de la distribution des récompenses décernées aux exposants français, qui eut lieu le 25 novembre 1851. Pendant près de dix-huit ans, M. Théophile Duché a su maintenir la supériorité de la fabrication du châle français, et on doit lui savoir gré de ses constants efforts pour atteindre ce noble but, auquel doivent tendre ceux de ses successeurs.

M. Théophile Duché, par sa position, l'un des notables commerçants du département de la Seine, estimé de tous pour son caractère conciliant, a reçu un témoignage flatteur de la grande expérience qu'on lui reconnaît en matières commerciales. Ses pairs l'ont élu juge-suppléant au Tribunal de commerce au commencement de cette année.

Galerie historique et critique du XIXe siècle, par Henri Lauzac – 1856

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