L'ANCIENNE MALADRERIE DE SAINT-FLORENTIN
Texte de M Charles Moiset paru dans l'Annuaire historique du département de l'Yonne de 1875
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Sur l'emplacement de la ferme actuelle de la Maladrerie, située à un kilomètre de Saint-Florentin, existait autrefois un hôpital destiné aux lépreux. A quelle époque cet établissement fut-il fondé ? Il serait difficile de fixer une date précise. Tout ce qu'on peut dire, c'est que, d'après une charte de l'abbaye de Dilo, la léproserie de Saint-Florentin remonte au-delà de l'année 1184. L'abbé Depaquis, dans son cartulaire de l'Hôtel-Dieu de Saint-Florentin, avance que la Maladrerie ne peut avoir été construite qu'après la première croisade, par la raison que jusque-là sa destination spéciale eut été sans objet. En cela, le laborieux abbé sacrifie à l'erreur longtemps répandue que la lèpre fut rapportée d'Asie par les Croisés. Le vrai est que la lèpre régnait en Europe bien longtemps avant la fin du XIème siècle. Son apparition sur ce continent, ou pour parler avec plus de justesse, son expansion (car les commencements de la lèpre en Europe sont réellement inconnus) semble avoir coïncidé avec la barbarie qui suivit la destruction de l'empire d'Occident. Le mal que rapportèrent d'Asie les Croisés fut une nouvelle variété de la lèpre, la plus terrible, il est vrai,… l'éléphantiasis. Mais dès les VIème et VIIème siècles, la lèpre, avec tous ses caractères constitutifs était très commune en Italie ; dans le VIIIème siècle, l'abbé Othmar, en Allemagne, et Nicolas, abbé de Corbie, dans la Gaule, construisirent des léproseries qui prirent le nom de Lazarets, de Saint-Lazare, que par corruption on appelait aussi Saint-Ladre, d'où le nom de ladreries donné à ces sortes d'hôpitaux. La même obscurité qui empêche d'assigner une date certaine à la création de la Maladrerie de Saint-Florentin, se rencontre quand on recherche comment et par qui cet établissement fut fondé. Toutefois, à envisager la double suprématie qui s'étendait sur lui, on serait tenté de supposer qu'il fut à la fois l'oeuvre de la ville de Saint-Florentin et de l'un des Seigneurs dont releva cette dernière. Par là s'expliquerait le droit qu'avaient concurremment le Seigneur et la ville de surveiller la léproserie et d'instituer le Maître ou Gouverneur qui la dirigeait. Dès l'origine, ou du moins aussi loin que l'on puisse remonter, la Maladrerie dut occuper un espace assez vaste, recouvert de bâtiments de diverse nature ; ainsi l'exigeaient à la fois sa destination, son service hospitalier et le mode de son administration. D'abord, cet hospice était ouvert aux malades des deux sexes : il fallait nécessairement des logements distincts pour les ladres et pour les ladresses. En second lieu, nous savons que l'établissement était desservi par des Frères et par des Soeurs : autre nécessité donc de bâtiments séparés pour les uns et pour les autres. Selon toute vraisemblance aussi, il y avait une église pour les religieux et pour le public, et une chapelle pour les malades. Enfin, il est constaté que les frères élevaient des bestiaux et se livraient à la culture : il fallait par conséquent des étables et des granges. De nombreux dons particuliers, au reste, vinrent successivement accroître les dépendances de la Maladrerie. C'est de la sorte que se formèrent les fermes (on disait alors granges) de Beauvais et de Renard, qui appartenaient à la léproserie. |