Les usages, croyances, traditions, superstitions de l'Yonne

La tradition des MAIS

La nuit du 30 avril au 1er mai a été de temps immémorial et est encore aujourd'hui, dans beaucoup de localités, pour la jeunesse, un temps d'agitation tournée vers différents objets. Le premier consiste dans le dépôt, devant les portes ou aux cheminées des jeunes filles à marier, d'emblèmes, les uns gracieux, les autres déplaisants. Les Mais gracieux se composent de bouquets, de branches de lilas, d'arbres enguirlandés, etc., auxquels on attache parfois des pâtisseries. Les Mais désobligeants sont formes d'épines, de branches de houx, de cadavres d'animaux, etc. En plusieurs pays, chaque sorte de Mai a une signification précise. A Rebourseaux, par exemple, une branche de sureau indique que la jeune fille a les bras creux, c'est-à-dire est mauvaise ouvrière. A Viviers, aux jeunes filles sympathiques, on met une branche de charme aux méchantes, un églantier aux malpropres, un lilas à celles dont la conduite laisse à désirer, une branche de sapin.
Le lendemain ou le dimanche suivant, les jeunes gens qui ont déposé des symboles flatteurs se présentent chez les parents des jeunes filles pour reconnaître les Mais. Tantôt on les invite à dîner (canton d'Avallon), tantôt on se borne à les faire rafraîchir. Dans quelques pays, on ne s'en tient pas à donner des Mais aux jeunes filles, on en met aux vieilles (Toucy, Baon) et même aux vieux garçons (Villeneuve-l'Archevêque). Mais il va sans dire que ces emblèmes sont loin d'être gracieux. C'est une perruque usée, un vieux balai, des verges, un chaudron fêlé et autres objets à l'avenant.
A Angely, par extension, on se sert des Mais pour censurer les individus qui ont commis quelque acte jugé répréhensible. On place au faîte de leur cheminée ou devant leur porte des objets se rapportant au fait qui leur est reproché.
Parfois les Mais ont un caractère impersonnel. Ce sera, comme à Branches, une simple décoration pour la place publique où l'on plante un arbre décoré de rubans, de biscuits et de bouteilles, ou bien un hommage rendu aux Autorités du pays. Ainsi à Egriselles-le-Bocage on plante deux beaux arbres, l'un devant la maison du Maire, l'autre devant celle de l'Adjoint.
Ce n'est pas tout encore. En maints endroits, on va jusqu'à mettre des Mais en vue des animaux, non pas toutefois pour leur faire honneur, mais dans la pensée de les garantir de troubles et de maladies. A Egriselles-le-Bocage, à Bussy-le-Repos, Collemiers, Saint-Julien-du-Sault, Chassigny, etc., on dépose des bouleaux, des branches d'aubépine blanche aux portes des étables, sur les fumiers, pour empêcher que les serpents ne s'y multiplient ou viennent téter les vaches.

La nuit du 1er mai est enfin pour les jeunes gens une occasion de faire de mauvais tours aux habitants peu soigneux de leurs instruments de travail ou de ménage. Tout ce qui se trouve devant les portes ou dans des cours ouvertes, charrues, brouettes, chaudrons, casseroles, écuelles, est enlevé et, tantôt mis en tas sur la place publique, tantôt placé dans des endroits d'un accès difficile, souvent même caché de telle sorte que les propriétaires des objets mettent du temps à les retrouver. Les recherches se font, bien entendu, au milieu des rires et des quolibets des jeunes gens qui ont opéré la razzia.

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