Délits et crimes religieux : Ordalies

                Les épreuves ou ordalies conservèrent assez longtemps de la vogue dans les cas de sortilège, et on dut sévir pour arriver à y mettre un terme.
                On est étonné de voir près de nous, en 1644, un arrêt du parlement de Paris confirmant une sentence du bailli d'Appoigny, par lequel Edme Guillot avait été condamné à être fustigé et banni pour avoir baigné Valentin Gigard soupçonné de sortilège. Cette arrêt défendit en outre de baigner qui que ce fût sous prétexte de sortilège, à peine de la vie.
                Le but, malgré la gravité de la peine encourue, ne fut cependant pas atteint, et en 1696, deux épreuves de ce genre furent pratiquées coup sur coup.
                A Saint-Florentin, un ouvrier était regardé comme sorcier. Fatigué de sa mauvaise réputation, il s'offrit, pour y mettre fin, à subir l’épreuve de l’eau froide. On lui lia donc les pieds et les poings et on le jeta à l’eau. Il surnagea, et cela bien que des enfants se jetassent sur lui pour tâcher de le faire enfoncer. Le curé eut beau déclarer que l’épreuve n’avait aucune valeur et qu’il n'y avait là nulle marque de sorcellerie, à dater de ce jour, les soupçons qui planaient sur cet homme furent regardés comme absolument justifiés dans le public.
                La même année, à Montigny-le-Roi et pour des motifs semblables, plusieurs personnes demandèrent à subir la même épreuve. Le curé accepta et l’épreuve se fit dans le Serin devant un grand concours de monde. Deux seulement enfoncèrent. Les autres, désespérés, déclarèrent que les cordes qui les liaient étaient ensorcelées. On changea les cordes sans succès, ce qui ne fit qu’augmenter leur confusion.
                Quelques-uns durent quitter le pays avec leurs familles, leur qualité de sorcier étant prouvée pour le public. Il est à ajouter que, au moins dans cette dernière épreuve, les risques courus par les intéressés n’étaient pas grands, car on avait eu soin de passer sous les aisselles des cordes pour pouvoir retirer de l'eau ceux qui enfonceraient.
                Si l'on ajoute que huit à neuf ans auparavant une épreuve analogue avait été tentée à Montigny et devant le bailli, on en conclura que l’épreuve par l'eau était très en faveur dans l’Yonne.
                Ajoutons qu’aucun de ceux qui avaient surnagé dans les différentes épreuves qu'on vient de rappeler ne fut poursuivi par la justice.

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