Les usages, croyances, traditions, superstitions de l'Yonne
Charles Moiset - 1888

Les feux de la Saint-Jean. Dans le canton d'Aillant, il y a quelques années, les conscrits de l'année allaient, dès le matin, dans la forêt communale, couper un jeune arbre, le plus élevé qu'ils pouvaient trouver. Cet arbre, appelé Mai, était amené et dressé par eux sur la place publique.
Un monceau de sarments était formé au pied. A l'office du soir, le clergé et les habitants allaient en procession sur la place, et là, le maire, ceint de son écharpe et entouré du Conseil Municipal, présentait au curé une allumette enflammée avec laquelle celui-ci mettait le feu aux sarments. La procession se continuait circulairement autour du bûcher pendant tout le temps qu'il brûlait, et reprenait ensuite le chemin de l'église.
Les œufs pondus le Vendredi-Saint. A Saint-Moret, on a soin de mettre de côté un œuf pondu le Vendredi-Saint. Le jour de Pâques on le fait cuire dans le pot-au-feu et on le partage entre les différents membres de la famille.
Dans ce même pays, on est absolument convaincu qu’il est impossible de mettre en couleur des œufs pondus le jour du Vendredi-Saint.
A Joigny. Une jeune fille qui désire savoir qui elle épousera, doit dire trois fois de suite en regardant la lune avant d’aller se coucher :
Salut, beau croissant,
Fais-moi voir en rêvant
Qui j’aurai dans mon vivant.
Dans le Gâtinais Yonnais, une jeune fille qui désire savoir à l'avance avec qui elle se mariera, fait une neuvaine à sainte Agnès. Au bout de neuf jours, elle voit infailliblement en rêve le portrait de son futur. Ne veut-elle pas faire de neuvaine, il lui suffit, dans la nuit du dernier février au premier mars, de sortir dehors quand minuit sonne et de crier par trois fois :
Bonjour Mars
Fais-moi voir en m'endormant
Celui que j'aurai en mon vivant.
Si le portrait du futur ne lui suffit pas et qu'elle veuille, de plus, connaitre sa profession, elle n'a qu'à faire fondre du plomb dans une pelle et à jeter le métal, devenu liquide, dans l'eau, Le plomb prendra la forme des outils du futur. Veut-elle enfin savoir si elle épousera celui qui a touché son cœur, elle met une clef de porte sur l'évangile de saint Jean dans un paroissien fermé. Elle tient avec l'extrémité de ses deux index l'anneau de la clef, tandis qu'une amie lit l'évangile dans un autre livre. Si, quand la lectrice en arrive à ce passage "Et le verbe s'est fait chair", la clef tourne d'elle-même, le mariage désiré aura lieu sinon, point d'espérance à concevoir.
Fiançailles. Dans la Puisaye les mères qui, voulant capter tel épouseur pour leur fille ou telle femme pour leur fils, font manger aux deux parties une galette de leur façon, qualifiée du nom expressif de galette-nigaud, et dont le charme provient d'os pulvérisés de grenouilles qui entrent dans la composition.
A Lavau, le jour d'un mariage, les enfants du pays entrent dans toutes les maisons et s'emparent des balais, qu'ils vont brûler en toute hâte si on les laisse faire.
A Beines, il existe sur le bord de la route, un vieil orme qui est l'objet d'une coutume assez bizarre. Lorsque chaque année partaient les conscrits de Chablis, leurs camarades et ceux de la conscription suivante les accompagnaient, tambour en tête et en chantant, jusqu'à Beines qui est à six kilomètres. Arrivée devant l'orme, la troupe s'arrêtait ; chacun des conscrits plantait dans l'arbre un clou qu'il avait fait fabriquer et qui souvent portait son nom ; après quoi on buvait la dernière bouteille, on se donnait la dernière accolade et l'on se séparait. Si la tête cassait avant le retour du conscrit, on considérait qu'il lui arriverait malheur. Depuis quelques années la "reconduite" ne se fait plus jusqu'à Beines, mais jusqu'au pont de Chablis, où se trouve un peuplier qui reçoit à son tour les clous des conscrits.
A Chassigny, à la naissance, les parrain et marraine du nouveau-né, toujours choisis à l'avance, apportent à la nouvelle accouchée, aussitôt qu'ils ont connaissance de sa délivrance, un pain de dix à douze livres, pensant qu'après un aussi fort travail, la gésante doit avoir besoin de se restaurer. Elle aura toujours cela de bon, disent-ils.
A Ligny, aussitôt après le décès, le drap des morts est tendu au-dessus de l'entrée de la maison.

A Maligny, la croix qu'on porte en tête du convoi est tenue par un parent ou un ami du défunt.

A Seignelay, autrefois, chaque maison avait un cierge de cire jaune qu'on portait à l'enterrement de ses proches.

Dans plusieurs pays du Morvan, on brûle, sur le chemin qui conduit au cimetière, la paille du lit sur lequel le mort a rendu le dernier soupir. Cet usage de livrer aux flammes le lit des morts est d'ailleurs très répandu en Bourgogne.
La Saint-Vincent, autrefois, à Joigny, les vignerons des deux paroisses de Saint-Thibault et de Saint-André se réunissaient pour faire la fête en commun. Quand la statue du saint, placée dans une petite tour à jour formée par quatre colonnes et garnie de rubans et de pampres, était apportée chez celui des vignerons qui devait la conserver, tous les membres du cortège s'agenouillaient et entonnaient, en présence du saint tenu par l'un d'eux, une complainte.
A Pont-sur-Yonne, autrefois, dans les veillées, le jour de la Sainte-Catherine, la plus âgée des femmes offrait un bouquet a la plus vieille des filles, et, par réciprocité, le jour de la Sainte-Barbe, les filles offraient un bouquet aux femmes. Ces bouquets étaient placés dans l'endroit le plus apparent de la veillée et y restaient jusqu'à la fin. Chacune de ces petites fêtes donnait lieu à un réveillon.
A Angely, la moisson commençait le même jour pour tous les cultivateurs. Avant de partir aux champs, patrons et moissonneurs assistaient à une messe, appelée messe de moisson, qui se disait à trois ou quatre heures du matin.
A Chablis, il y a peu de temps encore, le dernier marc qu'on faisait dans un pressoir était célébré par un redoublement de réjouissances et de bombances. Pendant le repas, les pressureurs chantaient à pleine gorge en frappant avec les chevilles de la roue sur la table ou sur des tonnes. Puis ils promenaient triomphalement dans les rues soit le maitre du pressoir, soit l'un d'eux, trônant dans une tinne que l'on portait sur les épaules, de même que pour le transport du vin. La procession se faisait au milieu de chants et de bruits produits par des coups frappés sur un objet sonore. Pour terminer, on offrait un énorme bouquet au maitre du prèssoir. Ce bouquet était planté au-dessus de la porte du pressoir, où il restait jusqu'à l'année suivante.
Autrefois à Ormoy, à Villemer, on appelait dans les bornages des enfants comme témoins. On n'allait pas cependant, comme dans le moyen-âge, jusqu'à leur pincer l'oreille et leur donner des soufflets pour mieux fixer leurs souvenirs.
A Seignelay, autrefois, pendant la nuit de la Fête des Morts, le bedeau parcourait les rues en criant "Réveillez-vous, âmes chrétiennes et priez pour les trépassés". Le glas funèbre se faisait entendre pendant une partie de la nuit. Avant de se mettre à la besogne, les sonneurs quêtaient du vin, qu'ils montaient ensuite au clocher, pour se réconforter de temps à autre.
A Bléneau, Cruzy-le-Châtel, etc., le temps qu'il fait pendant les trois jours des Rogations est considéré comme un présage. Le temps du premier jour sera celui de la fauchaison ; celui du second jour, le temps de la moisson ; celui du troisième jour, le temps des vendanges et des semailles.
L'usage de la bûche de Noël était commun à toutes les parties de notre région. Seul le temps pendant lequel devait brûler cette bûche différait suivant les pays. Mais ce qui partout se rapportait, c'était l'obligation où l'on se tenait de la faire durer au moins durant toute la nuit de Noël
On recueillait le charbon de la bûche de Noël, tantôt pour le mettre au grenier, afin d'écarter la vermine (Egriselles-le-Bocage), ou dans les tas de blé pour écarter les rats (Chassigny) et les charançons (environs d'Avallon), et pour empêcher que les chats n'y vinssent déposer leurs excréments (Angely). A Maligny, ces débris étaient répandus dans les jardins comme préservatifs contre les taupes, à Seignelay, on les gardait pour conjurer la foudre, à Bléneau, lorsque les vaches avaient fait un veau, on mettait un fragment de ce charbon dans leur buvée afin de les faire délivrer facilement.
Ailleurs (Collemiers), on ramassait les cendres et on les portait à l'église pour la distribution du mercredi des cendres.

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